Version 5.0_Page 02-11_avril 2020

 Le remembrement de Roscanvel a fait disparaître beaucoup de chemins creux, qui reliaient autrefois les différents villages entre eux. Il en reste cependant quelques uns, notamment ceux, qui ont été récupérés pour réaliser des circuits de randonnée. C’est le cas du chemin, qui permet d’aller de Menezarvel à Keraguennec. Il traverse le ruisseau de la Fraternité (Ragadal ou Quimpériou ? A vous de choisir) par un pont de pierre assez rustique. Ce chemin était pour nous un passage obligé dans l’étape de retour vers Trégoudan lors d’une de ces promenades sur le site de la Fraternité, qui, du moins si le temps (durée et état du ciel) l’autorisait, nous amenaient à faire le grand tour et rentrer par Keraguennec.

Vers l’ouest le chemin est assez large et monte avecune pente régulière pour rejoindre le chemin, qui va de Kerraguennec à Mencaer. Par contre vers l’est il est très étroit et surtout très pentu. Il débouche sur une route, qui été créée lors du remembrement.

L’été le ruisseau est souvent à sec.

La couleur des pierres traduit bien la présence de fer.

Puis, un jour, un autre chemin a été dégagé ; il partait du pont de pierre et longeait le ruisseau, en direction de la Fraternité et de la RD355. A mi-chemin est alors apparu un ancien moulin.

Mais il y avait tant de broussailles, qu’il était impossible d’aller plus loin , même en marchant à 4 pattes. Il y avait aussi beaucoup d’orties.

Puis l’année suivante le moulin a été dégagé.

Il y avait encore la meule.

La propriétaire a raconté d’ailleurs à Grand-Mère , qu’elle connaissait celui, qui avait récupéré la porte d’entrée du moulin. C’était dans les années 60, quand la mode des maisons néo-bretonnes était à son apogée. Les amateurs éclairés allaient dans les villages récupérer les pierres sculptées des habitations en ruines, apparemment abandonnées.

Après la RD355 le chemin devient plus large et il est relativement bien entretenu; il permet d’atteindre une fontaine (feunteun ar quimperou d’après le cadastre de 1830). 

Le pourtour de la fontaine était parfaitement dégagé, comme si quelqu’un l’entretenait régulièrement.

Le chemin semblait continuer vers le four à chaux de la Fraternité, mais son accès, là encore, était rendu très difficile en raison des broussailles, qui l’encombraient. Il a fallu rebrousser chemin. Pourtant, par endroits, la roche semblait avoir été taillée, trace d’un autre parcours

A l’occasion des journées du patrimoine 2016 j’ai en parlé aux membres de l’AVPR, qui ont entrepris de nettoyer ce chemin.

Le schéma de l’AVPR 

En fait c’est tout un réseau, qui a été mis en évidence. Le détail de leurs découvertes figure sur leur compte Facebook avec notamment le schéma ci-dessous

On distingue sur ce schéma un second moulin plus une construction en ruines, qui est plus difficile à caractériser, mais qui pourrait correspond à l’emplacement de l’ancien moulin du diable.

 Selon Didier Cadiou il y en avait même 6 en tout.

Il en est question dans un numéro d’AVEL KORNOG

Le cadastre napoléonien

 Curieusement le cadastre napoléonien, pourtant en général très détaillé, ne mentionne pas les moulins, ni aucune autre construction le long du ruisseau.

 

Il y a seulement la fontaine. Tout le versant « ouest » du ruisseau est constitué d’une seule parcelle (N° 1367), alors, que le versant « est » est découpé en lanières. Le chemin  d’accès à la fontaine est récent, puisqu’il coupe plusieurs parcelles.

La parcelle 1367 était encore propriété des habitants de Kerraguennec en 1830. Le ruisseau formait donc la limite avec Menezarvel et Lodoën.

En arrivant sur la Fraternité il n’y a rien non plus au niveau du 3ème moulin. Par contre le chemin est bien visible. Il est vraisemblable, que le chemin et la fontaine datent de la construction du fort de la Fraternité.

Pourtant, quand on consulte l’état des sections, récemment mis en ligne par les Archives Départementales, on retrouve la trace des moulins dans la toponymie locale.

A l’ouest il y a les terres dépendant du village de Kerraguennec (en jaune); en vert au nord est ce sont les terres dépendant du village de Menezarvel (écrit menez ar veil dans l’état des sections) et au sud est celles de Lodoën (en bleu)

 Au niveau du pont de pierre il y a bien mention  du ruisseau  avec « heuch ragadal ». Puis on va trouver Pen tal ar veil de part et d’autre du ruisseau; il y avait bien un moulin (ou plusieurs) avant la route RD355.  Mais côté Kerraguennec il y a aussi Talar an Dour, qui fait réference à l’eau, donc au ruisseau; par contre Run Gouspiri est le nom de la colline au dessus et Pen tal ar veil ne concerne alors, que des parcelles situées dans la boucle formée par la RD355

les parcelles situées de l’autre côté du ruisseau sont sur Lodoën et prennent le nom de Goarem puis Cost Quemener. Le marais tout en bas porte naturellement le nom de « ar Palud ». Il s’agit d’un marais formé derrière un cordon littoral; le marais, qui peut se former en amont porte lui le nom de « Yeun ».

La pièce de terre située au dessus du marais porte le nom de Foennec Quimpirou. On retrouve alors l’autre nom du ruisseau; l’anse porte d’ailleurs le nom de « porz ar quimpirou » avec toutes les variantes, que l’on peut imaginer.

Il n’est pas interdit de penser, que le terme « Gouspiri » soit également une déformation de Quimpirou.

 Pour mémoire, dans tous les documents de cette période le village de Menezarvel s’écrit menez ar veil, ce qui fait penser immédiatement à un moulin, sans, que l’on sache, s’il s’agit du moulin à eau ou d’un moulin à vent. 

Ce qui s’appelle Queméner semble correspondre à la partie ouest de Menez Lodoën.

Rappel sur le fonctionnement d’un moulin

 Il faut :

Une réserve d’eau suffisante tout au long de l’année, généralement constituée derrière un barrage

Un canal de dérivation à faible pente

Un déversoir pour évacuer l’eau en trop (valable surtout lors des pluies d’automne)

Une chute suffisante pour faire tourner la roue à aube

Une roue à aube (réalisée en bois, elle ne résiste pas à l’épreuve du temps)

Un canal pour l’évacuation de l’eau

Un engrenage (en bois également)

Une meule en pierre à axe vertical (en fait deux meules, généralement formées de plusieurs pièces assemblées à l’aide d’un cercle de fer)

Une tuyauterie pour évacuer le blé moulu (aussi en bois le plus souvent)

Des sacs pour récupérer la farine

 

Comparaison avec les moulins de Maurienne

Dans les Alpes, près de Saint Jean de Maurienne, il y a un torrent sur lequel ont été construits plusieurs moulins. Il y a de l’eau toute l’année dans le torrent, donc pas besoin d’avoir de réserve. Le canal d’amenée est très court car il y a déjà une forte pente. L’un de ces moulins est encore en activité. Il a plusieurs meules et occupe 3 personnes (un peu moins en réalité). Il est utilisé pour broyer finement du sulfate de calcium utilisé comme excipient par l’industrie pharmaceutique. Le propriétaire recreuse personnellement les sillons de ses meules toutes les semaines. Les tuyauteries sont en bois pour une large part.

A l’inverse le ruisseau de la Fraternité est à sec l’été ; il faut donc disposer d’une retenue d’eau importante avant chaque moulin. La pente est faible, ce qui implique un canal d’amenée très long pour créer la hauteur de chute nécessaire au fonctionnement du moulin. L’eau doit impérativement retourner au ruisseau pour alimenter le barrage suivant.

Découpage des pages suivantes

Le chemin  étant régulièrement dégagé, nous y sommes retournés à plusieurs reprises. Avant l’été 2018 c’était encore très humide. A la fin de l’été il n’y avait plus d’eau. Quels fortes pluies fin octobre ont permis de retrouver le ruisseau, comme il est d’habitude. Ce fut la même chose en 2019.

Le découpage est basé sur la RD355 (la barre orange sur le schéma ci-dessous) :

en partant du pont, tout en haut, il y a

02-12_le moulin amont,

02-13_le moulin aval,

02-14_la fontaine et

02-15_le moulin du diable (le dernier moulin) 

02-16_après la pluie