Version 5.0_page 28-12_mai 2020

On reprend la découverte de Liors Quélern

 

Au cours des dernières décennies la presqu’île de Roscanvel a été explorée sur toute sa superficie et nous pensions, qu’elle ne recèlait plus beaucoup de mystères, ce qui n’est pas tout à fait vrai avec la vallée des moulins (page 02-11) ou les oubliés du chemin de l’eau (page 02-2, les fortifications allemandes de la pointe des Espagnols, visitées en septembre 2018 (la face cachée, page 02-33).

Par ailleurs le tumulus de Rigonou (page 01-52) n’a été découvert que très récemment en lisant un article sur internet.

Pourtant, à une courte distance de Trégoudan, il y a des territoires traversés par peu de routes et encore moins de chemins. Dans la zone comprise entre les lignes de Quélern et la butte de Penarcréac’h, outre leur maison de Kerellot, les parents de Marie Anne Keraudren possédaient de nombreuses parcelles de terre. Les parents de Joseph Keraudren en avaient aussi plusieurs entre Penarpoul et Lambézen, sans qu’il soit possible de faire le tri entre les deux. Ces parcelles sont identifiées sur le cadastre napoléonien sous le nom Laé-Keraudren. Restées un moment dans l’indivision, elles seront partagées en deux temps : d’abord un premier partage en 1839 entre Jacques Keraudren et les enfants de sa sœur Marie Anne Keraudren, puis, l’année suivante, un second partage entre les 3 enfants Laé : Jacques, Marie Anne et Allain (voir les pages 36-22 et 36-23). 

En principe la part attribuée à Jacques Laé était contenue toute entière dans le village de Trégoudan. A l’inverse, celle de Marie Anne et celle d’Allain se trouvaient « en dehors des portes », c’est à dire Kerellot, Penarpoul, …

Pour dépanner Allain Laé et ses filles, Les Laé de Trégoudan leur ont acheté des terres situées « au-delà des portes ». La plupart ont été ensuite revendues mais il en restait encore 8 dans les biens d’Émilienne Le Lann. Pourquoi pas essayer de les retrouver ?

Celles de Kerellot et de Penarpoul sont pratiquement inaccessibles.

Par contre l’une de ces parcelles portait le nom de Liors Quélern. Il fallait essayer de la localiser.

Sur le cadastre napoléonien elle porte le numéro 246 et elle est située juste avant les deux maisons, qui forment le hameau de Kertoupin, le long du chemin venant de Penarpoul et se dirigeant vers Persuel.

Liors Quélern s’étendait en fait des deux côtés du chemin mais le cadastre napoléonien a rattaché le côté nord du chemin à la section de Persuel et le côté sud à la section de Lesvrez, ce qui ne facilite pas le suivi.

Il y avait seulement deux maisons ; l’une appartenant à la veuve de Louis Raoul et l’autre à Alain Bouennec.

Au sud du chemin il n’y avait pas d’habitations mais on retrouve Liors Quélern.

Sur le plan cadastral ont été reportés les noms des principales parcelles (en rouge celles appartenant à Emmanuel Legentil. Les maisons des familles Raoul et Bouennec sont sur des parcelles appelées « Ar Jardin », comme celle du manoir; par contre les parcelles en face des maisons ont pour nom « Liors eost ». Cela fait penser au village de Trégoudan avec également une parcelle portant ce nom en face de Parc Leur. En fait Liors eost veut probablement indiquer l’endroit, où on stocke le blé avant le battre.

 

Un point important à noter : parmi les propriétaires  de parcelles dans Liors Quélern il y a aussi Jean Baptiste Madec, petit-fils de Jean Madec ; ce dernier apparaît 5 fois dans notre généalogie (SOSA434-462-470-494-502), 4 fois dans la branche Laé-Mercier, mais aussi une fois dans la branche Le Lann-Jouin (Thérèse Laé et Pierre Le Lann avaient donc des ancêtres communs).

Par contre il ne semble pas apparaître dans la branche Keraudren, sauf si on peut trouver un lien du côté de la famille Lucas, entre  Anne Lucas (SOSA453) épouse de Joseph Keraudren et Anne Lucas (SOSA 869-925-941-899-1005), mère de Jean Madec. Par exemple la première serait la nièce (et peut-être même la filleule) de la seconde. 

 

Peut-on également retrouver un lien commun, s’il n’y a pas eu de ventes entre-temps, avec les autres propriétaires de Liors Quélern ?

Il y a un lien avec les Raoul à condition de remonter à Marie Françoise Kerguelen, épouse de Jean Marie Vergos, dont les biens (ou une partie seulement) vont se retrouver dans la masse à partager. Par contre il n’y a rien du côté des Bouennec (ou Boennec = Bossennec).

 

Le trou dans le mur

Liors Quélern était aussi situé sur l’ancien trajet du GR34, avant que ce dernier ne se décide enfin à faire le tour de Roscanvel. L’ancienne route, qui traversait Kerellot et Penarpoul, pour aller vers Saint Fiacre en passant par Persuel s’arrête désormais à Kertoupin. Au delà elle est désormais interdite aux véhicules à moteur; elle est surtout devenue un chemin de moins en moins bien entretenu.

Après Kertoupin apparaît soudain un mur, puis, sur la gauche, un bâtiment avec une large ouverture.

L’ouverture est relativement récente; elle est consolidée avec des blocs béton. On entre et on se trouve dans un vaste bâtiment abandonné, annexé visiblement par des randonneurs surpris par la pluie ou la nuit.

Il y a de toutes petites fenêtres.

Il y a deux portes sur le côté opposé à l’ouverture; elles ouvrent curieusement vers l’extérieur, ce qui fait penser à une étable ou une écurie.

Elles donnent sur une zone à peu près impénétrable, d‘où surgit une construction presque totalement recouverte par la végétation : c’est le manoir de Quélern, véritable  Château de la Belle au Bois Dormant.

 

Le château est à l’abandon

 

La comparaison entre deux photographies prises à 3 ans d’intervalle montre le développement rapide du lierre, qui masque désormais la totalité de la façade du manoir.

Pourtant il était encore habité récemment, comme le montre la photographie mise sur le net par Didier Cadiou ; elle est datée de 1990, année du départ du dernier locataire, comme on le verra plus loin.

 

Ce manoir est généralement évoqué lorsque l’on parle de son dernier illustre propriétaire, Emmanuel Legentil, qui fit partie de l’expédition d’Égypte entre 1798 et 1801 et qui n’y a probablement jamais mis les pieds ou, du moins, pas souvent.

Pourquoi passer sous silence le fait, que ce manoir servit surtout de quartier général aux troupes françaises lors de la bataille du 18 juin 1694 ?

 

Le manoir se présente sous la forme d’un bâtiment principal avec un étage et des fenêtres relativement petites,  prolongé par une sorte de « tour » présentant de nombreuses ouvertures, presque toutes colmatées

 

Le manoir a probablement été endommagé lors de la dernière guerre, car la toiture parait relativement récente et en bon état, même si la pente du toit de la tour ne correspond pas à ce que l’on a l’habitude de voir dans la région pour des constructions de ce type.

 

Du bâtiment, qui a servi d’entrée, partent des cheminements récents, qui n’étaient pas visibles lors du premier passage en 2014. Le cheminement principal mène au sous sol du manoir et au jardin.

 

Le sous-sol

 

La porte a été enfoncée et le sous-sol porte la trace de nombreux passages. Il devait offrir un abri plus confortable, que le premier bâtiment rencontré.

 

Il s’étend sur toute la longueur du bâtiment principal

 

Il est coupé en deux parties par un mur de refend. Le plancher du rez-de-chaussée est supporté par une grosse poutre; un pilier cylindrique surmonté d’un chapiteau vient renforcer l’une des extrémités de la poutre. Dans la partie du fond il y a également une grosse poutre.

Le pilier est-il une relique de l’ancien manoir?

Pour aérer la cave il y a 3 soupiraux, dont un situé juste sous la porte d’entrée. Il laisse malheureusement entrer l’eau et donc de la terre, comme on le voir sur la photographie.

 

A droite il y a un escalier à vis en parfait état, mais encombré de gravats. Il conduit au rez-de-chaussée.

Si, comme le dit Fréminville, on est en présence d’un manoir bâti « sur les ruines de l’ancien ». La cave doit être effectivement la partie ancienne.

Le rez-de-chaussée

 

Au premier palier on arrive au rez-de-chaussée, qui est coupé en deux parties séparées par un mur en pierre ; il doit correspondre à celui de la cave. Plus récemment une cloison en bois a été rajoutée pour créer un couloir allant entre la porte d’entrée et l’escalier et isoler ainsi la pièce principale.

Ces cloisons en bois sont classiques. A Roscanvel elles sont généralement peintes en marron et bleu, le marron étant en bas (la terre par opposition au ciel ?) Ici c’est brun et blanc ou rouge et blanc, comme dans l’escalier, mais la peinture blanche est probablement récente. La porte d’entrée est pratiquement neuve, comme si le propriétaire avait changé la porte après le départ du dernier occupant (l’ancienne est toujours là, posée contre le mur), oubliant de sécuriser la porte de la cave et autorisant en fait les intrusions.

 

Les portes dans les murs en pierre sont ornées de sculptures grossières (des angelots ?). Une porte similaire figure dans l’ouvrage « Escale à Crozon » publié récemment par Cyrille Maguer, qui présente également 3 photographies du manoir.

 

Une porte de même allure se retrouve aussi dans une ferme-manoir de la région  de RENNES. Elle sépare également deux pièces à l’intérieur du manoir.

 

La largeur des pièces est proche de celle de Tybian : 4,7m ; c’est une largeur, que l’on retrouve d’ailleurs sur des plans de maisons bretonnes anciennes, publiés sur internet. La longueur de la première pièce est à peu près égale à celle de Tybian (7m avec la cuisine) comme si c’était là aussi une sorte de standard.

 

Aux deux extrémités il y a des cheminées de grande taille (1,90m environ), comme celle de Tybian, mais avec un manteau en pierre. Le mur de la cheminée a une épaisseur de 1m (contre seulement 80cm à Trégoudan).

Comme dans beaucoup de maison leur taille a été réduite par l’ajout d’un encadrement en bois.

 

Le plafond repose ici aussi sur de grosses poutres.

Dans l’une des deux pièces le plancher est en excellent état. Pour l’autre pièces des fuites d’eau (sous l’évier,) ont complètement pourri le plancher.

 

La première pièce devait être la pièce de réception; elle avait une deuxième fenêtre donnant sur le jardin

 

La seconde pièce devait être la salle à manger, car elle donne sur la cuisine.

 

 

L’office et la cuisine

 

En arrière de cette pièce il y a deux pièces en enfilade, la seconde étant munie d’une cheminée, ce qui laisse à penser, qu’il s’agit bien de la cuisine.

Il n’y a pas d’accès extérieur ou alors il a été condamné comme semble l’indiquer la forme du mur sous la fenêtre.

 

Le plafond au dessus de la cuisine s’est en partie effondré et laisse apercevoir une charpente relativement récente et un couloir

 

La charpente est constituée de deux types de poutres à des niveaux différents, qui font penser à des réfections faites dans les années 30, puis dans les années 60.

 

Le linteau de la porte donnant sur la salle à manger a été refait en béton, du moins partiellement.

Un point important : la cuisine est séparée du manoir. On retrouve la disposition du Pors de Trégoudan avec deux bâtiments séparés pour prévenir les risques d’incendie. La galerie de liaison a été rajoutée ultérieurement.

 

L’étage

 

L’escalier à vis permet d’accéder à l’étage avec, ici encore, deux pièces, plus un réduit au centre, pouvant convenir pour un lit d’enfant, comme dans la plupart des habitations de la presqu’île, quand elles étaient construites avec un étage.

 

Les journaux, qui jonchent le sol, permettent se situer l’année de l’abandon du manoir : 1990, qui est aussi l’année des photos de Didier Cadiou.

 

L’espacement et la forme des poutres du plafond (il y en a en gros 2 fois plus, qu’au niveau en dessous) sont très proches de ceux de maisons construites vers 1930. Il en est de même du plancher, qu’elles supportent. La réfection date donc de cette période. Contrairement aux fenêtres du rez-de-chaussée, dont les volets étaient fermés, les fenêtres sont ici grandes ouvertes et les papiers peints en relatif bon état, comme si les occupants des lieux venaient juste de déménager.

 

Curieusement, malgré les portes et les fenêtres ouvertes, il n’y a pas de toiles d’araignée, ni de traces de passage d’animaux malgré l’absence de la porte de la cave . En tout cas pas de renards.

Dans l’une des pièces il y a encore le cabinet d’aisance, qui doit s’évacuer dans la construction adjacente à l’escalier figurant sur le schéma de Didier Cadiou de 1990. Dans l’autre pièce il a été déplacé pour laisser la place au passage aménagé au dessus de l’office et qui conduit à la tour.

 

L’escalier s’arrête brutalement, comme s’il y avait eu autrefois un second étage. Il devait plutôt desservir les pièces situées sous le toit avec, très probablement, des fenêtres ouvragées, comme on le voit dans divers manoirs ou châteaux, mais aussi dans la librairie située en face de l’église de Crozon. Il y a d’ailleurs une photographie d’une autre maison dans le livre de Cyrille Maguer, qui possède également une fenêtre ouvragée.

 

Par ailleurs les nombreuses niches trouvées dans les murs sont également les témoins de modifications successives du schéma d’origine.

 

Dans la tour Dorée de Camaret il y a également un escalier en pierre, qui se termine par une « chandelle » en bois.

Il devait y en avoir une ici aussi, mais elle a disparu.

 

Les annexes sont détaillées dans la page suivante