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Il est question de maison à four dans …

Sous réserve d’informations complémentaires contenues dans les documents illisibles du 17ème, il est question de maison à four dans 4 des documents, qui nous sont parvenus.

1. Le partage de 1839 avec la maison à four de Kerellot

Il y a d’abord le projet de partage de 1839 entre Jacques Keraudren et les 3 enfants de sa sœur, Marie Anne Keraudren. Ces derniers obtiennent, entre autres, une maison à four située à Kerellot dans le prolongement de la maison manale appelée « la maison de Michel Kerguelen ». 

Sur le cadastre napoléonien les fours sont généralement matérialisés par un rond, qui marque l’emplacement du four proprement dit par rapport à la maison, auquel il est rattaché .

Il n’y a pas de rond sur le plan du village de Kerellot et, faute d’éléments plus précis, la maison à four doit être la construction située à gauche de celle, qui est marquée d’une croix (parcelle 430).

Par contre il y a bien une maison à  four sur la parcelle 746. Au moment de l’élaboration du cadastre elle appartient à M. Raguenes.

L’appellation « maison à four » fait donc référence uniquement à la destination première du bâtiment, qui a été modifié par la suite pour servir d’habitation.

2. Le partage de 1840

En 1840 les 3 héritiers se partagent les biens, qui leur avaient été attribués, et Allain Laé récupère la maison à four de Kerellot. Cependant il habitera avec son épouse le second penty de Trégoudan, qui est identifié par ailleurs sous l’appellation « Penty JTK » pour faire référence à son beau-père, Jean Thomas Keraudren, qui en est le propriétaire lors de la rédaction du cadastre napoléonien.

3. L’achat du penty « JTK »

En 1888 Véronique Quelen achète aux héritiers d’Allain Laé des biens situés à Trégoudan, dont le petit Penty, dont il est question ci-dessus. Parmi ces biens on trouve une autre maison à four, située à Trégoudan.

Si la description sommaire (emplacement de la porte et du four) semble correspondre à la construction existant sur la parcelle 453, les dimensions paraissent erronées.

En effet il est difficile de retrouver la longueur annoncée : 7,2m ; en fait il faudrait regrouper deux parcelles : 453 et 454, pour atteindre les 7,2m attendus. Il y a probablement eu une confusion lors de la rédaction de l’acte.

Les deux constructions ont été en grande partie détruites lors des bombardements de la Libération. Elles ont été ensuite pillées.

Après le remembrement de la commune de Roscanvel elle ne figure plus dans la liste des propriétés de Jean Laé mais il ne faut pas exclure une vente éventuelle avant le remembrement (il faudrait consulter la matrice cadastrale aux Archives de Quimper).

Il ne reste plus rien ou presque de la maison et le four proprement dit se cache probablement sous le bouquet d’arbre visible sur la photo. Il se défait peu à peu et chaque année une pierre ou deux tombe sur le bas côté. Toute la zone était déjà « interdite » aux enfants du village il y a il y a une cinquantaine d’années. Curieusement le plan cadastral de 1833 ne mentionne pas la présence du four, qui est pourtant signalée dans l’acte de vente.

La maison à four devait appartenir auparavant à la famille Penfrat car elle est vraisemblablement arrivée entre les mains de Jean Thomas Keraudren dans la succession de son épouse, Marie Jeanne Penfrat. Ce n’est probablement pas si simple.

4_Ty Forn

Enfin en 1889 Véronique Quélen achète aux héritiers Thiec les biens de leurs parents, dont la maison dite Ty Maurice Téphany (mais pour nous ce sera toujours la maison de Georgette, sa dernière occupante) et une maison à four (Ty Forn), achetée en 1865 par les Thiec aux héritiers de Jean Jaffrée. Elle est située sur la parcelle 417 du cadastre napoléonien.

Le cas de la maison à four de la parcelle 417 est différent des autres. En effet dans l’acte de 1889 la maison porte le nom de Ty Forn et la parcelle 417, sur laquelle elle a été construite, porte le nom de Liors an Ty Forn ou plus simplement Liors Forn selon l’état des sections. Liors étant le plus souvent traduit par « courtil », parfois par « Jardin ». On ne retrouve pas cette appellation pour les deux autres maisons à four. Faut-il en déduire, quelle est plus ancienne ? Ou plus simplement, qu’elle était à usage commun, contrairement aux autres, qui étaient alors réservées aux Kerguélen pour Kerellot et aux Penfrat pour Trégoudan ?

D’après le cadastre napoléonien Ty Forn appartenait à Jean Jaffrée, qui le tenait de son épouse ou de sa mère car la famille Jaffrée est originaire de Spézet et n’est arrivée dans la presqu’île, que lors de la construction des lignes.

En fait la solution  est peut-être dans Généanet. 

Dans le dénombrement des populations de 1846 la première maison de Trégoudan est habitée par François Marie Mignon et Marie Perrine Jaffrée. Cette dernière est la sœur de Jean Jaffrée (aussi prénommé Jacques Marie. Selon Généanet il est tailleur de pierre en 1835 (probablement le métier de son père, Jean Jaffrée, et de son grand père, Allain Jaffrée). Cette année là il épouse Marie Louise Barbe Dréaux, la fille du boulanger de Quélern (dans l’état des sections son patronyme est réduit à Dréot). En 1843 Jean Jaffrée est boulanger. Faute d’éléments plus précis on pourrait donc considérer, que ty Forn devait appartenir à M. Dréaux mais la chronologie l’interdit; en effet l’état des sections est antérieur au mariage (1831 contre 1835).

En 1846 Jean Jaffrée a bien pris la place de son beau-père; il a 3 « domestiques ».

On revient donc aux Carn.

La fin des fours communs ?

Par manque d’éléments sur l’organisation locale avant la Révolution on en est réduit à des hypothèses.

Le création des lignes de Quélern a nécessité l’intervention de nombreux ouvriers extérieurs à la région, qu’il a fallu héberger et nourrir. Les fours communs ne devaient pas suffire et il a été vraisemblablement fait appel à un boulanger professionnel. D’ailleurs l’état des sections mentionne M. Dréot, boulanger à Quélern, propriétaire de la maison située sur la route menant à Trégoudan, appelée aujourd’hui Route des Remparts.

Faut-il en conclure, que les maisons à four ont alors été recyclées en habitations pour les ouvriers employés à la construction des lignes ?

Est-ce aussi simple ? Il y a le four à pain de Kerlaer avec une pierre datée de 1895 et des fours plus modernes à Telgruc et Argol.

Comment était constitué un four à pain ?

Un four est généralement construit à partir d’une construction de type « penty », une maison de taille réduite avec une seule cheminée (au nord ou à l’est selon son orientation) et une seule fenêtre en façade. Le foyer de la cheminée s’ouvre sur un espace clos : le four, avec un sol plat de pierre ou de sable (la sole) recouvert d’une voûte (appelée aussi le dôme) en pierre ou, plus tard, en briques réfractaires. En principe il n’y a pas d’autre accès au four, qu’à travers le foyer de la cheminée.

A la découverte de Ty Forn

C’est le changement de classement des terres dans la version publiée du PLUI de la COM-COM de Crozon, qui nous a incités à procéder au défrichage des ruines. En fait la version publiée sur le net était erronée et une version « conforme » doit arriver sous peu, qui remet en cause tous les espoirs suscités par la version soumis à l’enquête publique et aussi par celle publiée sur le net en 2020.

Après le décès de M. Jézequel ses enfants n’ont pas repris la ferme et ont trouvé du travail à Camaret, Crozon ou même Brest. Faute d’entretien le toit s’est écroulé ; la charpente et les tôles ont été récupérées pour faire des abris précaires. Les murs désormais non protégés se sont partiellement effondrés. La prolifération du lierre a cependant ralenti la dégradation de la construction, notamment celle du mur, qui donne sur la route de Trégoudan et qui semble avoir mieux résisté aux intempéries. Entre-temps les constructions précaires ont toutes disparu et les pierres des parties effondrées seront mélangées avec celles du talus voisin, quand il a été supprimé. Il y a eu aussi pas mal de récupérations; l’encadrement de la fenêtre a notamment disparu.

L’emplacement du portail, qui permettait de rentrer une charrette et d’autres outils, a été dégagé, ce qui a permis d’avancer progressivement vers le fond de Ty Forn. En fait l’intérieur était surtout envahi par des fougères et un peu de ronces et c’était finalement assez facile d’accès, une fois surmonté le tas de pierre du pignon « ouest » et les poutrelles métalliques, qui soutenaient l’entrée.

Le mur du nord a été réduit à la moitié de sa hauteur initiale. Il y a une petite fenêtre sur le mur du sud et il y a même la trace d’une porte donnant sur la route.

On arrive enfin au fond avec une cheminée de facture très grossière mais le haut du pignon donnant vers  l’est s’est écroulé.

Le fond de la cheminée comporte une pierre horizontale, comme un linteau, et une pierre cintrée. Est-ce la trace de l’entrée du four ? Il faut aller voir de l’autre côté.

L’envers de Ty Forn

On passe de l’autre côté du pignon « est ». Une partie du dôme du four est encore en place avec le mur de protection du dôme, tel, qu’il figure sur le cadastre napoléonien. L’effondrement du pignon ne permet pas de dire, si le reste du dôme est dessous ou avait déjà disparu.

Le passage entre le dôme et la maison a été bouché mais le linteau a été conservé, ce qui a permis de délimiter assez facilement la zone, qui a été obstruée. Pourtant le passage devait être plus étroit comme semble l’indiquer la pierre cintrée du foyer. Il manquerait alors la pierre côté droit.

Il a été possible également de retrouver le niveau de la sole, sachant, que beaucoup de pierres ont probablement été récupérées, à moins, qu’il y ait eu une sole en sable.

Le trou au dessus du linteau est-il le résultat d’une pierre manquante ou une ouverture volontaire dans le conduit de cheminée, comme on peut en voir dans les four plus récents ?

Les incohérences de Ty Forn

La maison à four figure sur le cadastre napoléonien, dont les éléments ont été rassemblés au tout début du 19ème siècle. Elle est visible sur la photographie aérienne de 1919 avec l’aire à battre juste à côté. Malgré la faible définition de la photographie on distingue bien le toit de la maison mais pas le four, qui a peut-être déjà disparu, ou qui se trouve dans la zone sombre entre la construction et le talus. 

Toutefois dans le livre « le visage de la France », qui a été publié en 1927, on a une vision totalement différente. Si on retrouve bien la maison de Georgette et celle de Marie Claire Vianne avec côté nord la maison attenante, dont il ne reste, qu’un montant de porte, Ty Forn a pratiquement disparu. Il reste la cheminée du four et le pignon « est » ; le mur donnant sur la route n’existe plus ou alors se limite à une hauteur ne dépassant pas un mètre. Le pignon « nord » est partiellement écroulé et le mur donnant sur la parcelle voisine a également disparu.

Cela veut-il dire, que Ty Forn s’est écroulé entre 1919 et 1927 (sachant, qu’il y a nécessairement un intervalle de temps non négligeable entre la prise de vue et l’impression du livre) ? Peut-on imaginer la séquence inverse ; la photo serait plus ancienne et Ty Forn aurait été remonté avant 1919 en modifiant le pignon « ouest » pour permettre de faire rentrer une charrette ?

L’examen des murs montre bien, qu’il y a eu deux époques distinctes. Le bas des murs a été recouvert d’un crépi, pas le haut.

Quel devenir pour Ty Forn ?

Apparemment il serait nul. Faut-il pourtant tout démolir ?

La commune de Roscanvel abritent de nombreux vestiges militaires, qui « masquent» beaucoup de vestiges civils. Certes les nombreuses fontaines ont été répertoriées ; Il y a quelques moulins à eau et un moulin à vent (reconstruit). Pourquoi laisser disparaître cet autre catégorie de vestiges, que constituent les nombreux fours à pain. Il y en a probablement un dans chaque village et au moins deux à Trégoudan.

Il y a les fours en pierre, comme le nôtre, puis les fours en briques réfractaires plus récents ; il y a les fours à sole à base de pierre et ceux, dont la sole est à base de sable.

L’AVPR a bien voulu s’intéresser à Ty Forn ; cela peut être le début d’une seconde vie.

Les achats de Véronique Quelen

C’est le moment de s’intéresser au cas de Marie Louise Véronique Quelen.

Elle est née à Kerloc’h le 13 octobre 1847. Elle a épousé Joseph Isidore Auguste Laé le 14 octobre 1865; elle a seulement 18 ans. Jean Laé nait l’année suivante, puis Victorine, décédée à l’âge et 15 mois, et enfin Auguste né en 1873. 

Son époux, qui était charpentier, décède le 8 mai 1875; Véronique a 28 ans seulement. Elle n’est pas seule, puisque la ferme abrite également Jacques Laé et Marie Laurence Mérour. Il lui fait pourtant assurer le fonctionnement de la ferme. La maison Tybian a été achetée en 1870 mais seule la moitié des 6000 F ont été payés l’année de l’achat; il faut maintenant trouver les 3000 F, qui restent à payer avant 1879. En fait ils seront remboursés par portions. En octobre 1875, donc quelques mois seulement après le décès de son mari, elle achète une partie de Cardinal. En 1888 elle achète pour 500F le petit Penty, puis en 1889 la maison de Ty Maurice Téphany pour une somme tournant autour de 5000F (les documents d’achat sont manquants). Au total (mais il doit manquer une partie des achats) cela fait de l’ordre de 12 000F.

Dans les papiers il y a bien un prêt de 600F de Mme Bozec et un autre de 700€ d’Yves Kermorgan d’Argol. Le compte n’y est pas.

Il ne semble pas y avoir eu des ventes de terrain à Kerloc’h mais ce n’est pas à exclure. IL faudrait pouvoir consulter les papiers des Bossennec.