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Ce champ fait partie de la ferme achetée par Jean Derrien à Bernard Lelias en l’an 13.

« Parc Cardinal » est un champ très long, orienté est-ouest entre la rade de Brest et la voie appelée aujourd’hui Impasse de l’étang, mais qui portait autrefois le nom plus poétique de « Garront ar C’hor ».

Rien à voir avec les korrigans, comme on peut le lire parfois sur internet ; il s’agit simplement d’un chemin qui monte pour rejoindre le grand chemin qui va de Crozon à Roscanvel. La pièce de terre qui est au carrefour des deux chemins porte d’ailleurs le nom de « Pen ar hor ». Il faut tenir compte des mutations en Breton.

En fait le chemin, qui vient de la poterne,  a un parcours assez tortueux ;  il passe devant la caserne Sourdis, longe « Mez Cibrat » (à cet endroit il a pris aujourd’hui le nom de « chemin de messiber »), puis il passe entre « Parquic » et « Parc ar Fret » avant de tourner vers l’ouest pour longer le Pors. « Parc Cardinal » porte le numéro 317.

Sur cette photographie qui date de 1919, on voit qu’il y avait beaucoup moins d’arbres qu’aujourd’hui. Il est vrai qu’à l’époque tout était cultivé

Le chemin, qui allait vers l’étang, a été tracé en bleu. Il ne le traversait probablement pas, ou alors uniquement à marée basse. Au bout il y avait une fontaine, où Grand-mère allait puiser l’eau à boire, car on ne buvait pas l’eau du puits (voir la page 02-23).

Aujourd’hui il n’y a plus de cultivateurs et toute la zone à proximité de l’étang est classé en zone inconstructible.



Jean Derrien arrive à Trégoudan

Jean Derrien ne vient habiter la ferme qu’à la fin de l’année 1806, ou au tout début de 1807. A peine arrivé, il voit 5 de ses voisins passer par son champ pour aller chercher du goémon à la grève.

Le 30 avril 1807, profitant de la nomination d’un subrogé tuteur pour ses enfants mineurs, il demande au conseil de famille de l’autoriser à agir en justice contre ses voisins. L’autorisation lui est donnée, mais uniquement pour agir en première instance

Dans l’assignation 25 mai Jean Derrien rappelle que le champ est décrit dans l’aveu du 8 juillet 1750 ; il donne la liste des voisins « ambitieux et turbulents », qui veulent s’arroger un droit de passage. Il y a Jacques Keraudren , Jean-marie Penfrat,  Gabriel Cornic et Yves Rozel de Trégoudan, et Jean-Thomas Keraudren de Pors Quélern.

Il n’y a que trois charrettes, peut-être parce que tous n’en avaient pas, ou plus simplement parce que cela suffisait.

Il ne faut pas oublier que jusque là la ferme (et donc le champ) étaient loués par  Jean Bothorel ; il est vraisemblable que ce dernier ait supporté le passage des charrettes sans en avertir le propriétaire, qui n’habitait pas tout près.

Les voisins



Les 5 individus sont voisins :

Jacques Keraudren habite le Pors,

Yves Rogel la maison de Maurice Téphany,

Jean Marie Penfrat Ty Bian,

Gabriel Cornic très vraisemblablement la maison de ses beaux parents en haut du village (il a épousé Jeanne Carn et en 1812 il habite Lodoën),

Jean Thomas Keraudren habite Pors Quélern, mais il est propriétaire de la petite maison derrière Ty Bian. Il a aussi des terres à proximité, dont Parc an Uludi.

Quand on regarde le cadastre on voit immédiatement l’avantage que représente le passage à travers Parc Cardinal, par rapport aux deux alternatives possibles (en bleu sur l’extrait ci-dessous), sachant que la traversée du fond de l’étang ne devait pas être aisée, même à marée basse.

Jean Derrien explique que les « individus » l’ont envoyé promener.

Il donne ensuite des détails. Les « individus «  ont déplacé des pierres pour pouvoir passer et les charrettes ont creusé des ornières, ce qui n’est pas étonnant, car le champ est très humide.

Fin du litige



Le 2 juin 1807 l’affaire se termine par la reconnaissance par les 5 « individus », qu’il n’y a  pas de servitude à travers « Parc cardinal ».

La suite ?

Comment ont-ils fait par la suite ? Traverser le fond de l’étang avec des charrettes devait être dangereux. Ils sont certainement passés de l’autre côté des lignes, en passant par Garront ar c’hor et la poterne, jusqu’au lieu appelé Garrec Zu, ou alors ils sont allés rejoindre la grève du côté de Roscanvel, au niveau de « Beg ar Grogn », puisque le route côtière n’a été construite que bien plus tard. La route de la fraternité non plus. Mais quelle a été alors la réaction des cultivateurs de Roscanvel, qui avaient eux aussi besoin de goémon pour leurs champs ?

Par contre on devait pouvoir descendre à pied au niveau de la Pagode, seul endroit, où le chemin est proche de la côte. Une amorce de chemin figure sur le croquis ci-dessous.

Sur le dessin ci-dessous la flèche verte montre encore tout l’intérêt, qu’il y avait à aller tout droit à travers Parc Cardinal.

La coupe du goémon s’est poursuivi encore longtemps, puisque Grand’ mère me disait que c’était jour de fête pour les enfants du village, quand leurs parents allaient couper le goémon.

Ils descendaient à la grève au niveau de la maison rose, où Auguste Laé avait aménagé un chemin sous le chantier, à l’emplacement marqué en rouge sur le dessin ci-dessus, qui est daté de 1906.

Pour les enfants c’était l’occasion de faire un pique nique sur la grève et de jouer, pendant que les adultes travaillaient.

Le problème s’est posé à nouveau à la fin du 20ème siècle, mais avec des piétons, qui cherchaient un raccourci pour aller se baigner.