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Dans un cageot de vieux papiers destinés à la destruction, il y avait un dossier portant le nom de mon grand-père paternel : Hervé Le Bihan.

 

Il est né le 2 juin 1892 à Roscanvel, dans le village du Gouérest, où ses parents, Yves Le Bihan et Marie Louise Capitaine, possédaient une ferme.

 

Ils ont eu de nombreux enfants, dont 8 au moins sont parvenus à l’âge adulte.

 

Aucun d’entre eux n’a occupé la ferme, qui a finalement été vendue;

 

Une page spéciale est consacrée à deux de leurs garçons, dont le souvenir s’est effacé : Jean-Marie et François.

 

Sa carrière dans la marine

 

Il y avait aussi dans le chantier, au milieu d’un tas de papiers en cours de décomposition avancée, un petit carnet de moleskine, sur lequel Hervé a noté scrupuleusement son emploi du temps dans la marine, depuis son arrivée à Brest en juillet 1907 jusqu’à la fin de 1922.

 

 

Le contenu du carnet a été découpé en 3 périodes, réparties de manière inégale sur 3 pages.

 

 

Première période

A l’âge de 15 ans, le 9 juillet 1907, il entre à l’École des Mousses et passe successivement  sur la Bretagne, le Magellan et enfin le Calédonien.

Devenu gabier breveté il part pour Saïgon en juin 1910, où il reste près de deux années. Il  souffre alors « d’anémie tropicale » et rentre en France fin mai 1912. Avant de quitter Saïgon il est promu quartier-maître.

 

 

Le voyage de Marseille à Saïgon (et retour) se fait à bord d’un paquebot des Messageries Maritimes, le Polynésien (probablement pas en 1ère classe). Le voyage dure 1 mois.

 

La photo ci-dessous n’est pas datée, mais il est probable qu’elle a été prise lors de son retour à Brest, donc en juin1912. Il a alors 20 ans.

Deuxième période

Après un congé de convalescence de 4 mois, il  embarque le 1er octobre 1912 à bord du croiseur-cuirassé « Montcalm », sur lequel il fait deux campagnes : celle d’Extrême Orient et celle des Antilles. Curieusement une partie seulement de la première sera comptabilisée comme campagne de Guerre

A compter du 12 mars 1914 il notera même les heures d’arrivée et de départ du Montcalm. A cette époque il était « signaleur », donc sur la passerelle, avec, sans nul doute les yeux émerveillés devant le spectacle de ces nombreux ports, qui ont été visités.

 

Il ne faut pas oublier que les bateaux devaient refaire assez souvent le plein de provisions, notamment de charbon.

 

Campagne d’Extrême Orient

Le carnet de moleskine nous renseigne sur un périple, qui va durer plus de 3 années. La campagne se décompose en fait en 3 parties très différentes : la Chine et le Japon en 1913, le Pacifique en 1914 et la Mer Rouge en 1915.

Le périple du Montcalm est reporté sur des cartes extraites de l’Atlas de MM. Schrader et Gallouedec, édition de 1916,ce qui permet de retrouver certains noms. Ci-dessous le voyage aller et la croisière en mer de Chine, qui sera détaillée plus loin.

La route de Saigon à Manille est légèrement erronée, car  le Montcalm a fait escale 2 semaines à Cam Ranh, port en eau profonde situé au nord de Saigon, sur la côte de l’Annam. Il est ensuite passé entre les iles Paracels et les iles Spratley, au sud.

La lecture du carnet permet d’estimer à 10 nœuds la vitesse moyenne du Montcalm sur de longs trajets, sachant que le journal de navigation donne 11,5 nœuds pour la vitesse en pleine mer mais qu’elle est réduite à l’approche des escales.

1913

Le 24 février 1913 le Montcalm quitte Saïgon pour rejoindre Shanghaï, via Manille. Pendant toute l’année 1913  il fera de nombreuses escales en Chine, Corée Japon.

Le port d’attache a été Shanghaï avec 4 destinations principales :

1_ les iles SADDLES, qui sont au large de Shanghaï

2_ le Yang Tsé, qui a été remonté au moins jusqu’à WUHAN,

3_ la mer Jaune et la mer du Japon, jusqu’à HAKODATE,

4_ enfin la mer intérieure du Japon et  YOKOHAMA.

 

Les noms de certains ports ayant changé, il est difficile de reconstituer très exactement l’itinéraire suivi.  A partir d’août 1914 on retrouve sur le site « Mémoire des Hommes » les journaux de bord et de navigation des bâtiments, mais rien avant ; néanmoins la carte ci-dessous donne une assez bonne idée du périple accompli, même s’il ne faut pas exclure que le Montcalm ait pris réellement des routes différentes entre deux ports de relâche, notamment le retour d’Hakodate, qui a pu se faire par l’est.

Il y a également le problème des iles SADDLES, qui semblent se trouver au large de ShanghaÏ (où il y a plus de 400 îles et îlots), mais que certains situent aussi près du golfe de Petchili, plus au nord. Si c’est la première explication, qui est la bonne, la première destination  se réduit alors à une virée dans les iles devant Shanghaï.

 

Pour la remontée du Yang Tsé on peut s’appuyer sur la carte de M. Cotteau datant de 1854.

Nankin est à 372 kilomètres, Wou-hou à 474 kilomètres et Han-keou à 1.115 kilomètres de Shang-haï.

 

Ici aussi certains noms sont différents, mais cela correspond assez  à la croisière du Montcalm. En 1913 la région était toujours troublée et les occidentaux appliquaient encore la politique de la canonnière, en visitant des concessions, qui avaient été établies.

 

La carte ci-dessous montre Han- Kéou en 1912, juste avant le passage du Montcalm ; la suivante a été dressée en 1915, deux années plus tard. On voit, que la concession française était l’une des plus petites, mais qu’elle englobait la gare. Au niveau de la ville le Yang Tsé fait encore près de 2 km  de largeur, c’est à dire à peu près la largeur du Goulet de Brest.

Le Montcalm revient à Saïgon le 25 janvier 1914. Il repart le surlendemain pour San Diego, via Honolulu.

 

Il y a d’autres photos du Montcalm sur le Blog de François Haas, dont un ancêtre 

était aussi sur le Montcalm. 
Voir ces photos sur le thread « Montcalm » sur le forum « Pages 14-18 »https://forum.pages14-18.com/viewtopic.php?f=29&t=43573&p=521129#p521126

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