Version 5.0_Page 31-11_mai 2020

Les tenues

Dans ce chapitre sont regroupés tous les documents traitant des « lieux », que je traduis peut-être abusivement en « tenues », c’est à dire des terres appartenant à un propriétaire, pas obligatoirement noble, et affermées. En breton c’est « léac’h »ou parfois « lech ».

En ce qui nous concerne ce ne sont pas des ensembles cohérents de parcelles de terre mais des groupes décousus et le plus souvent imbriqués. Deux tenues ont même survécu à la Révolution : Garrec Ven et Rigonou.

D’une manière générale il s’agit d’inventaires de biens détenus par les tenanciers en contrepartie du versement d’une taxe censive souvent transformée en rente « censive ». elle était attachée au bien et devait être payée par les héritiers, en cas de succession, ou les nouveaux acquéreurs, en cas de vente. Les droit de mutation (lods et ventes) venaient se rajouter ; il fallait alors faire l’inventaire des biens transférés (aveu et dénombrement). Les définitions pouvant changer d’un lieu à l’autre, il faut se contenter de constater :

Cardinal = aveu et dénombrement,

Coat Glas = lods et rentes,

Garrec Ven = droits et héritage,

Léac’h Izella = dénombrement.

La tenue à domaine congéable de Rigonou est à mettre à part car dans ce cas précis le tenancier n’est pas propriétaire du bien. Il n’est , qu’un locataire à titre précaire ;

Le cadastre napoléonien, dans certains cas, indique le nom du propriétaire à côté de celui du domanier.

Comme on le verra certaines dispositions ont survécu à la Révolution.

Cardinal

« Cardinal » est, pour moi, un lieu très particulier. Ma grand-mère, Thérèse Le Lann, en parlait sans cesse. C’est un grand champ très long, qui relie le village à la grève et qui suscite toujours des convoitises. Sa surface cadastrale est supérieure à 6000 m².

C‘est un champ aussi très humide, situé en contrebas du village, c’est pourquoi les saules s’y plaisent bien.

Curieusement dans le PLUI de la Com Com les arbres situés à droite sont qualifiés espèces à protéger.

Sur la photo il a été partiellement dégagé pour permettre de stocker des rouleaux de foin. Malgré un accès difficile, certains ont effectué des prélèvements et 15 rouleaux sont partis en une nuit en 2012.

« Cardinal » est en zone non constructible, du fait de sa proximité avec l’étang de Kervian. Les voisins cherchent à toujours à en acheter une partie pour avoir un accès direct à la grève. ce fut déjà le cas il y a deux siècles, comme on le verra plus loin.

 

Parc Cardinal et Léac’h Cardinal

 

En fait sous le nom de « Cardinal » on trouve deux blocs de parcelles, clairement identifiés sur le cadastre napoléonien :

Parc Cardinal, numéros 312 à 317, situé à l’est, côté rade de Brest, entre l’étang de Kervian et la grève,

puis Léac’h Cardinal, numéros 12, 13, 174 et 175, situé à l’ouest, côté baie de Camaret, perpendiculaire à la côte.

Parc cardinal est également facilement repérable sur la photo aérienne de 1919 et sur la photo suivante, qui a été prise avant 1937, puisque la maison rose n’y figure pas.

L’ensemble des parcelles de Parc Cardinal a une superficie de 16110 m².

Au début du 19ème siècle Jean Derrien possède le grand champ, qui va de la grève au chemin « Garront ar C’hor », avec une surface de 6290 m². Les autres parcelles sont aux mains de Salomon, Le Bras de Lanvernazal et Jaffré Jacques, de Kerellot.

De l’autre côté Léac’h Cardinal est n’est qu’une longue bande de terre, allant pratiquement de la côte au grand chemin de Crozon à Roscanvel.

En tout c’est un champ de  10550 m², que le cadastre napoléonien a découpé en 4 parcelles, car il est également à cheval sur deux feuilles.

Jean Derrien en a la moitié (5250 m²) en deux parcelles séparées par une route récente. Les deux autres parcelles appartiennent aux héritiers Le Bras.

Léac’h Cardinal est une terre vaine, avec lande rase, bruyères et beaucoup de cailloux.

Sur la photo ci-dessous c’est la partie en pente sur la droite, sachant que la parcelle continue de l’autre côté de la RD355. En regardant l’état des sections on se rend compte, qu’il s’agit d’une démembrement de deux ensembles plus importants : Léac’h Cazi vers la côte et Tors Cren vers l’étang.

L’aveu de 1750

 

Cardinal est cité dans un aveu du 8 juillet 1750. Le seigneur est Henry, Comte d’Estaing, Marquis de Châteaurenault, qui tient la terre de son beau-père, Emmanuel du Rousselet, baron du Poulmic. La rente se monte à 10 livres et deux chapons.

Les héritières sont Anne Folgar de Kergadiou, Jeanne et Anne Carn de Kerincuff. Ces dernières ont récupéré Cardinal après le décès de leurs frères Jacques et Hervé Carn (rachats payés le 17 mars 1740).

Le texte de l’aveu est à rapprocher du texte de Cambry  dans son voyage dans le Finistère : 

Toutefois plusieurs auteurs ont publié récemment des articles sur les tenues à domaine congéable en Bretagne; ils ne sont pas aussi sévères que Cambry ou ses contemporains, bien au contraire. en fait ils ont constaté que, d’une manière générale, c’était un régime assez souple et que la plupart des domaniers s’en sortaient plutôt bien.

On trouve aussi des articles (Alain Le Bloas) , qui contredisent Cambry, en disant que dans la presqu’ile de Crozon, comme dans les autres terres du Vicomté du Léon, c’est le fermage, qui domine, mais sans être exclusif.

On ne retrouve pas les superficies

Les superficies données dans l’aveu ne correspondent pas à celles du cadastre.

1_Un parc vulgairement appelé parc cardinal cerné de vieilles masures tout alentour contenant sous terre chaude 140 cordes, sous terre grise 28 cordes et 2/3, sous terre froide 65 cordes et 1/12ème qui sont en tout y compris les fonds des réparations deux cent trente trois cordes et ¾

Le dit parc donnant du bout du levant sur la grève ; du couchant sur le chemin qui conduit de roscanvel au bourg de crozon ; du nord sur l’étang de poul ar kervian et du midi sur un parc nommé parc ar fret

La description des limites de Parc Cardinal correspond bien à ce que l’on observe sur le cadastre napoléonien, comme le montre l’extrait du cadastre en tête de la page. Tout au plus peut-on remarquer, que le chemin de Crozon à Roscanvel passait alors le long de l’étang, qu’il devait traverser sur une sorte de pont de pierre submersible à marée haute. A moins que la référence au chemin  de Crozon à Roscanvel se limite au virage en bas de Garront ar c’hor

 

L’aveu donne une superficie totale de 233,75 cordes ou 14206 m²,  car 1 corde = 60,8 m². Le cadastre donne en tout 15110 m².

 

On peut très bien imaginer que le nom des parcelles ou l’état de division ait changé entre 1750 et 1830, mais le grand champ forme bien la limite de Parc Cardinal vers le sud; au nord on a bien l’étang de Kervian (Poul ar Kervian) et à l’est la grève.

 

Les surfaces données en terres chaudes, grises et froides ne correspond pas non plus au détail du parcellaire de 1831.

 

Certains domaniers ont probablement augmenté leur surface en prenant sur l’étang.

 

2_D’avantage une pièce de montagne dépend dudit parc cardinal située aux issues et montagne dudit village de  trégoudant donnant du levant sur autre pièce de montagne de ‘terre de quasi ’ du couchant sur la grève du midi aussi à terre dudit lieu de ‘quasi’ et du nord à terre de joseph palud contenant 138 cordes.

 

Pour Léac’h Cardinal l’aveu donne 138 cordes (8387 m²), bien moins que la superficie du cadastre : 10550 m², mais au bout il y a la falaise et personne n’est certainement allé mesurer jusqu’au bout.

Les limites du champ sont moins précises, dans la mesure où des noms ont changé depuis 1750. Au nord c’est Léac’h Pascouet ; au sud Tors Cren. Enfin Léach Pascouet a été divisé et il n’y a plus de Palud parmi les propriétaires de 1830.

Retour sur les bénéficiaires

 

Les héritières sont Anne Folgar de Kergadiou, Jeanne et Anne Carn de Kerincuff. Ces dernières ont récupéré Cardinal après le décès de leurs frères Jacques et Hervé Carn (dont les rachats ont été payés le 17 mars 1740). Pour Anne Folgar il s’agit de la succession du sieur Pierre Folgar, son père, mort depuis 31 ans (donc autour de 1719).

Il ne faut pas la confondre avec une autre Anne Folgar, la femme de Marc  Derrien, qui est décédée le 30 novembre 1741, donc avant la rédaction de l’aveu.

 

Marc Derrien et Anne Folgar vont se retrouver en 1753 dans l’aveu sur la terre de Coatglas.

 

Cependant il est très vraisemblable que ce document, comme la plupart des documents plus anciens d’ailleurs, soit arrivé par le biais du rachat des biens de Jean Derrien dans la seconde moitié du 19ème et le début du 20ème siècle. Les Derrien auraient donc récupéré une partie des biens d’Anne Folgar de Kergadiou.

 

Avec un peu de chance (et de temps) on devrait pouvoir remonter à Yves Folgar, époux de Louise Carn et même Jean Folgar, époux de Clémence Palud, bien que les informations requises doivent être recherchées dans les BMS de Roscanvel.

Cela permettrait de faire le lien avec Jacques et Hervé Carn, d’une part, et avec Joseph Palud, d’autre part.

Il n’y a pas d’autre texte sur Cardinal, mis à part le litige de Jean Derrien avec ses voisins, qui sera abordé plus loin. A sa mort le grand champ a été partagé entre ses cinq héritiers, puis, avec les Laé, il a retrouvé peu à peu son intégrité

 

De l’origine du nom « Cardinal »

 

Ce nom est assez surprenant. Il est possible qu’il soit associé à la position des deux champs, perpendiculaires à l’orientation générale de la presqu’île.

Coatglas

Le nom de Coatglas apparaît dans plusieurs documents :

 

12 mars 1691

8 septembre 1663

1er octobre 1753 et

31 mai 1806.

Acte du 1er octobre 1753

L’acte le plus accessible est celui du 1er octobre 1753 par lequel Jean Baptiste de Goulhere a vendu la chefrente de 18 deniers sur la tenue de Coatglas.

Le vendeur

Messire Jean Baptiste de Goulhere seigneur de l’isle Treberon et autres lieux demeurant à son manoir de Trébéron paroisse de Crauzon d’une part

Jean Baptiste de Goulhezre (~ 1688 – 1758) a épousé Louise Jacquette Furic (1697 – 1756).

Il s’agit d’une branche cadette de la famille Goulhezre, qui porte suivant les écrits le nom de Goulhezre, Gouler, seigneur de l’Isle, de l’isle Trébéron …..

Les 14 acheteurs

1 Et demoiselle Anne Folgar sœur du tiers ordre de Saint Dominique demeurant au lieu de Kergadiou paroisse de Roscanvel

2 Demoiselle Marie Catherine Le Mignon demeurant à lodoen, épouse du sieur Jean Raguenez absent sur mer et faisant pour le sieur Nicolas Laouénan et demoiselle Louise Françoise Lozéac’h son épouse, sieur et demoiselle de Gorréquer demeurant au port de poul ar vilin paroisse de Guipavas évésché de Léon

3 Marie Penfrat veuve de feu Pierre Le Goascoz demeurant au lieu de Keralan faisant pour Louis Penfrat son père

4 Catherine Harvel fille majeure demeurant au lieu de Kervian en privée et pour

5 Marie Harvel sa sœur demeurant avec elle en même commensalité tous paroissiens de Roscanvel

6 René Carn

7 Joseph Le Sénéschal mary et procureur des droits de Louise Le Goascoz sa femme

8 Renée Penfrat veuve d’Allain Carn

9 Clémence Folgar veuve de Jean Rolland demeurantes séparément au village de Trégoudant paroisse de Crauzon

10 Marc Derrien, père et garde naturel de ses enfants avec defuncte Anne Folgar demeurant à Quélern Trémet

11 Perrine Lucas veuve de Louis Le Sénéschal demeurante au lieu de Penarcréac’h en privé et pour ses consorts  ( ?) et puis figurant pour

12 Joseph Keraudren mary d’Anne Lucas

13Louise Lucas veuve d’Hervé Lucas dudit Penarcréac’h et

14 Jeanne Olivier fille majeure demeurant au village de Rostellec paroisse de Crauzon d’autre part.

 

L’intérêt du document est de regrouper des personnages, que l’on a rencontré par ailleurs ou qui leurs sont apparentés.

 

Il en effet tentant de rattacher Joseph Keraudren et Anne Lucas à nos ancêtres portant les mêmes prénoms (SOSA452 et 453), de même Jeanne Ollivier et Marie Ollivier (SOSA455).

 

Il ne faut pas oublier les Carn (SOSA909 ou 1817) ou les Penfrat de Jean Marie Le Lann.

 

Il y a aussi les Goascoz et les Carn de Louise Capitaine.il faudra revenir sur cette liste, dès que des informations précises sur ces individus aura été récupérée.

 

Selon Marcel Burel, Louise Françoise Lozéac’h (1708-1763) est la fille de Jean Lozéac’h et de Catherine Le Mjgnon (1668-1733). Elle a épousé Nicolas-Joseph Laouénan, sieur de Gorreguer (Recouvrance) le 11 juillet 1730.

Par contre il n’ a pas été possible de retrouver Jeanne Ollivier.

 

Cette liste recèle finalement pas mal de mystères. Pourtant il devrait y avoir un élément commun.

 

 

Les biens concernés

  • La vente concerne les droits seigneuriaux d’une maison située à Trégoudan : Ty Berbéoc’h , d’un courtil : Liors an Ty et d’un champ : Parc ar Fret (anciennement Cozlan). La vente se monte à 120 livres, à raison d’un peu moins de 6 livres par personne.

Ce qui est surprenant c’est la faiblesse des biens décrits, comme si l’acte ne mentionnait que la part d’Anne Folgar, les autres personnes ayant alors eu chacune leur propre document.

Sur la couverture le notaire (Lelias) a bien noté qu’il n’y avait plus de rachat à payer. Il l’a recopié également sur les deux documents de 1663 et 1691.

Il s’agit d’une tenue roturière.

La maison doit être celle achetée par Jean Derrien à Bernard Lelias le 25 germinal de l’an 13.

 En effet la description correspond assez bien au cadastre de 1830, même si le courtil n’a pas le même nom, mais c’est assez courant de constater des changements de nom dans le temps. Le tracé des limites de la parcelle 278 montre bien qu’elle faisait partie d’un même ensemble commençant à la parcelle 269, même si en 1830 la parcelle 269 pour le nom de ParcPen ar c’hor.

Ty Berbeoc’h ne peut pas être la maison, qui est repérée sous le numéro 272, ou le 273, car il n’y a pas de crèche au couchant, contrairement à la maison 279 et, surtout, elle ne donne pas sur le parc Thoumin (parcelles 275 à 277, un grand champ, qui se trouve derrière la maison de Jean Derrien et qui est accessible par un petit chemin, entre sa maison et le Pors, qui est devenu en 1830  l’aire portant le n°280.

Le champ nommé  Parc an Fret est très probablement la parcelle 332 du cadastre, car c’est la seule qui appartienne à Jean Derrien. Par contre la zone a encore changé de nom : elle s’appelle désormais Parc ar Stang. Thérèse Laé a d’ailleurs compliqué l’affaire en appelant « Parc an Aod », la parcelle sur laquelle est construite la maison Rose ; c’est une appellation que l’on rencontre aussi dans d’autres documents sous le nom « war an aod ».

Acte du 12 mars 1691

L’acte du 12 mars 1691 concerne la succession de Clémence Palud, femme de Jean Folgar

Il est incomplet, mais on note qu’il décrit dans le détail les parcelles appartenant à Clémence Palud. Le village de Trégoudan n’est pas le seul à être concerné : il y a des terres à Kervian, Kerbigot…

La première page décrit des parcelles, qui sont situées en haut de Trégoudan Izela : parc Pen ar Hor.

Dans le détail des droits on voit aussi qu’il y a des droits à payer pour les tenues de Quasi et de Léac’h Izella. Clémence Palud avait donc des terres dépendant de plusieurs tenues.

Le nom de Tanguy le gentil, seigneur de Pencran, apparaît pour les droits sur la tenue de Quasi. Or un certain Tanguy le Gentil a épousé en 1659 Esther Gouler, dame héritière de Kerlern. Ils habitent le manoir de Quélern. Son petit-fils, Tanguy Marie est le grand père d’Emmanuel le Gentil.

Le lien entre Jean Baptiste de Goulhere et Esther Gouler n’est pas simple car la famille Goulhezre a compté plusieurs branches avec une filiation mal définie dans les textes.

Coat Glas, Casi et Léac’h Izella devaient faire partie d’un même ensemble appartenant à la famille Goulhezre. Cependant Cardinal est au Baron du Poulmic.

Acte du 8 septembre 1663

Le 8 septembre 1663 Yvon Palud achète à Jean le Goascoz une vieille maison en partie ruinée, située à Trégoudan.

On retrouve bien la maison de Jean Derrien, car il y a encore la référence au parc Thoumin.

 

Il y a le courtil derrière et d’autres terres, dont certaines sont situées dans Men Ber.

 

Le prix de vente est de 90 livres.

 

Men Ber est dans une zone située au sud de la route de l’Iroise, en allant vers le cap Tremet

.

En 1830 Jean Derrien a 4 bien des parcelles dans Men Ber.

 

Acte de 1806

Le nom de Coatglas apparaît une dernière fois dans l’échange entre Jacques Keraudren et Jean Derrien en date du 31 mai 1806.

Jacques Keraudren et sa sœur Marie Anne Keraudren, majeure mais pas encore mariée avec François Laé, donnent à Jean Derrien « Liors a traou an Ty », parcelle dans une tenue dite Léac’h ar Coatglas.

En échange Jean Derrien leur donne une  parcelle dans Parc Pen ar Hor. Cette dernière vient de la ferme achetée à Bernard Lélias en l’an 13 (=15 avril 1805) et l’acte précise que Jean Derrien continuera à payer la rente prévue lors de l’achat de cette ferme.

Il y a également d’autres parcelles, qui ont été  échangées dans ce même acte, mais il n’est pas facile de les retrouver, car le cadastre napoléonien, qui a été publié 25 ans plus tard, a regroupé les différents morceaux et des noms ont changé.

 

Garrec Ven

Le nom de Garrec Ven est mentionné dans deux documents. Il se retrouve aussi dans le cadastre napoléonien.

Garrec Ven dans le cadastre

 

Dans le cadastre on trouve en effet :

Garrec Ven : 47 à 52, 167 et 168, terre à lande ;

Parc ar Garrec Ven : 463,464 et 467, terre labourable.

Les parcelles 47 à 52 sont perpendiculaires à la côte ouest, entre Garrec Pascouët et Landouroc.

Les deux parcelles 167 et 168 sont le long de la route de la Fraternité ; entre les deux blocs il y a Léac’h Cazi.

Par contre les 3 parcelles dénommées Parc ar Garrec Ven sont à proximité du village, entre ce qui s’appelle aujourd’hui la route de Trégoudan et la route de l’Iroise. Elles sont disposées en escalier et comprises entre « Parc Gros ar Maner » à l’ouest et des terres dépendant du village à l’est : « liors éost », qui est en face du four et « parc nevez », qui fait aujourd’hui partie d’un champ plus grand (que nous appelons le champ des pommes, même s’il n’y en a plus.)

 

 

La déclaration de 1812

 

Le document le plus important est la déclaration sur le lieu de Garrec Ven, datée du 12 mai 1812.

Dans ce document plusieurs personnes reconnaissent devoir solidairement à Emmanuel Le Gentil de Quélern une rente censive et foncière d’un montant de 50 kg de froment (un boisseau), rente qu’ils ont payée jusqu’à la Saint Michel 1811.

La déclaration fait référence à une déclaration précédente, en date du 24 octobre 1751, qui ne nous est pas parvenue.

Les personnes concernées

On retrouve dans la déclaration Jean Derrien, Jean-Marie Penfret et Marie Jeanne Carn, tous trois de Trégoudan, mais aussi Thomas Keraudren de Quélern, Joseph Penfrat et Jean Jaffré de Kerguinou, Gabriel Cornic de lodoën

Joseph Penfrat est le père de Jean Marie Penfrat, mais aussi l’un des ancêtres de Pierre Le Lann. Il est décédé en 1818.

 Dans cette liste le notaire a rayé le nom de Jacques Kerauden (agissant pour lui et pour sa sœur – elle s’est mariée le 28 janvier 1809 avec François Laé, mais son nom n’est pas cité).

Les  parents devaient apparaître dans l’aveu précédent, daté de 1751.

Leur père, Joseph Keraudren, est décédé le 9 octobre 1787et son épouse,Marie Jeanne Kerguelen, le 1er mars 1827.

les biens concernés

 

Dans la déclaration on a une liste de 10 parcelles et 2 maisons.

Aucune des parcelles ne porte le nom de Garrec Ven ! Ou alors elles ont changé de nom.

De plus elles sont toutes dispersées et il est difficile de les retrouver sur le cadastre, qui a pourtant été rédigé quelques années plus tard; les noms et les contenances ne coïncident en général pas avec des parcelles identifiées dans le cadastre

.

Les superficies sont données en cordes et en ares. Il est possible que le texte soit la reproduction de l’aveu de 1751 avec la traduction  des surfaces dans le nouveau système.

 

Dans la description des parcelles on trouve mentionnés les héritiers de Jean Penfrat ou, même, les héritiers de la veuve de Jean Penfrat.

Mais qui est le Jean Penfrat de la liste? Jean Penfrat, célibataire, décédé en 1806 ou son père, Jean Penfrat, époux de Marie Salaün? Les deux peut-être.

 

A la fin de la déclaration il y a les maisons.

A priori on a du mal à situer ces maisons. Il y a bien les noms des jardins/courtils : liors an ty, qui borde le côté ouest de la grande maison, liors bras de l’autre côté.

Si on prend le cadastre napoléonien, on trouve « Liors an ty », qui  comprend les parcelles 270 à 274, « Liors Leur » les parcelles 278 à 281 et « Liors Bras » commence à la parcelle 282.

Mais ce n’est pas si simple car il y a certainement eu des modifications entre-temps: d’anciennes crèches ont disparu, des maisons ont été transformées en crèches et il y a eu des constructions nouvelles.

 

La superficie cumulée de Liors an Ty et de Liors Leur est légèrement supérieure aux 3000 m² annoncés, plutôt 3300 m².

 

En 1830 le propriétaire de la maison, qui porte le numéro 272 est Thomas Carn du Cléguer (il a aussi la maison de la parcelle 273), celui de la maison 279 est Jean Derrien.

 

De l’autre côté du Prat il y a aussi Liors Bras (418 et 419) et Parc Leur (420 à 424), mais la disposition des maisons est différente et la superficie totale est de 4100 m².

 

A la fin de la déclaration le notaire a barré à nouveau le nom de Jacques Keraudren.

Madame de Kerobézan

 

Nous avons un  document incomplet et non daté, qui parle d’un mesurage de la tenue de Garrec Ven. Il n’est pas question de la famille Le Gentil, mais de Mme de Kerobézan. 

Ce nom de famille figure dans un document de 1655, détenu aux archives de Quimper, où  Marie de Kerguelen est qualifiée de dame de Kérobézan.

En fait il doit s’agir de Marguerite le Gentil de Kerlern, qui a épousé en 1724 François René de la Fruglaye de Kerobézan.

Elle décède au bourg de Crozon le 11 avril 1785, âgée d’environ 95 ans. Elle est donc née vers 1690, fille de Jacques Le Gentil et sœur de Tanguy Le Gentil.

Pierre, Le Gentil , son neveu, chevalier de Kerlern, est présent à son enterrement.

 

La famille de la Fruglaye est une famile originaire de la région  de Dol, très prolifique et caractérisée par l’utilisation assez systématique du prénom « René ».

René de la Fruglaye a épousé Marie-Anne Tanguy de Kerobézan. François René est l’un de leurs fils.

Les Tanguy de Kerobézan sont originaires de Briec, probablement apparentés aux Le Gentil par la branche Kerguelen. Ici aussi on reste entre cousins.

Le mesurage réalisé à la demande de Madame de Kerobézan

 

 

La surface des parcelles est donnée en cordes.

Le but du mesurage est de répartir équitablement entre les différents bénéficiaires de la rente censive les 12 livres, qui représentent la valeur du boisseau de froment.

Même si le document est incomplet on retrouve des parcelles de la déclaration de 1812.

Le tableau final, qui additionne les parts de chacun donne un résultat différent de ce qui est attendu : on a un total réel de 750 cordes pour 672 annoncées et un total de 13 livres et 19 deniers au lieu de 12 livres. La contre-valeur de 3 deniers et 4/7ème par corde, donnée au dessus du tableau n’est pas respectée : elle varie sensiblement selon les individus.

Les bénéficiaires

Parmi les bénéficiaires on retrouve Maurice Téphany, qui partage bien une maison avec Allain Jaffré, les Enfants de M. Le Vaillant, mais curieusement les héritiers de Marie Herjean et ceux de Marc Derrien. Or Marie Herjean est décédée en 1787 et Marc Derrien, son beau-père probablement avant, mais après 1753.

il y a aussi la veuve de Joseph Keraudren, qui est décédé le 9 octobre 1787.

Le mesurage a donc été  rédigé au tout début de la révolution, car Alain Jaffré était vivant en 1789 (du moins s’il s’agit du même).

Toutefois il ne faut pas oublier que Marguerite, dame de Kerobézan est décédée en 1785! Il doit y en avoir une autre.

Dans ce document non daté « la veuve de Joseph Keraudren » est citée pour une somme très faible : un denier.

Ses enfants ont donc racheté la rente entre 1789 (environ) et 1812, puisqu’ils ne figurent pas dans la déclaration de 1812, à moins qu’ils n’aient vendu la parcelle.

 

On ne trouve pas Jean Thomas Keraudren, car sa famille est arrivée récemment à Trégoudan. On sait par contre qu’il a épousé Marie Jeanne Penfrat, fille de Joseph Penfrat et de Jeanne Carn.

Jean Penfrat, Joseph Penfrat et Allain Jaffré ont ensemble les 2/3 des biens concernés.

La relance du 8 octobre 1812

 

Mais la déclaration n’a pas eu d’effet immédiat, car le 8 octobre 1812 Mme Melou, la mère d’Emmanuel le Gentil réclamait à Jean Derrien le paiement de son boisseau de froment.

Léac’h Izellaff

 Le nom de Léac’h Izella apparait dans trois documents :

Le « prisage » du lieu appelé Léac’h Izellaff de 1668, le rachat de 1691 et la déclaration de 1812 sur Garrec Ven de 1812. 

Prisage de 1668

Le 15 novembre 1668 a lieu le prisage du lieu nommé « Léac’h izelaff ». Il est divisé en deux parties.

L’acte donne la liste des bénéficiaires pour chacune des deux parties, puis la liste des terres. Malheureusement le document est incomplet, car il manque notamment la conclusion.

Liste des bénéficiaires

Les bénéficiaires font parties des familles que l’on retrouve aussi dans les autres aveux : Carn, Palud, Haruel, Le Goascoz ou Téphany.

Les 59 parcelles

l’énumération décrit et évalue 59 parcelles, du moins pour la partie qui nous est parvenue.

Il y a 27 parcelles pour la première moitié, avec une superficie totale de 29500 m² et un revenu de 57 livres, 10 sols et 7 deniers, en comptant la maison du premier article.

La seconde moitié compte 32 parcelles avec une superficie totale de 32906 m² et un revenu de 61 livres, 11 sols et 9 deniers.

On n’est pas très loin d’un partage en deux parties égales et il ne doit pas manquer grand chose dans le document.

Les noms des terres se retrouvent dans des documents plus récents et notamment sur le cadastre : Parc Pen ar Hor, Toul ar pors, Tors ar Poul, Parquic, mais aussi : Parc Moan, Toul an hé, parc gorniel, jan le gal .

Mais il y a des noms difficiles à lire ou à positionner sur un plan.

D’une manière générale ces terres se situent dans la partie nord du village, là où on avait déjà les tenues de Coatglas et Garrec Ven, entre la route de la fraternité et l’impasse des îles avec quelques parcelles au dessus du village.

La maison

La maison associée à cette estimation ne porte pas de nom. Elle est sur une parcelle de 410m². Il y a trois candidats possibles : la maison appelée « Ty Postic », la maison de Jean Derrien (ty berbéoc’h) ou celle qui est tout en haut de « Pen ar Hor », au carrefour avant le grand chemin de Crozon à Roscanvel.

La maison « Ty Postic » parait peu vraisemblable, car la surperficie du Pors dépasse les 800 m².

La maison de Jean Derrien (279) doit être celle qui est citée en 1753 dans Coat Glas, car l’environnement qui y est décrit correspond assez bien au cadastre.

Il reste donc la dernière, qui est sur la parcelle 272, avec en plus la petite maison du numéro 273. En effet l’ensemble a une superficie de 424 m². Au début du 19ème siècle elles appartiennent à Thomas Carn et il y a 3 individus portant ce nom parmi les consorts.

Elle est entourée de deux « cours » : « Liors Huella » et « Liors Izella », qui sont partagées selon un rapport proche de 2/3 pour le premier groupe de domaniers et 1/3 pour le second.

Le cadastre montre que les parcelles 267 à 279 faisaient partie d’un même ensemble. Mais les 3 premières portent en 1830 le nom de « Parc Pen ar Hor », comme les 3 parcelles de 264 à 266. De même les parcelles 278 et 279 sont dénommées « Liors Leur », comme la 280 et la 281, qui font pourtant partie d’un autre ensemble ; les deux étant séparés par le « ParcThomin ». De plus la parcelle 279 est parfois appelée aussi « Toul ar Pors », comme la plupart des parcelles situées au nord du Pors.

Si l’hypothèse retenue est la bonne, l’ensemble des parcelles 267 à 269 a donc été divisé entre au moins deux tenues : Coatglas et Léac’h Izella.

Les deux parties de « Liors Huella » font ensemble 1200 m² selon le mesurage de 1668 ; la superficie des parcelles 269 à 271 se monte à 1110 m² selon le cadastre de 1830. L’écart n’est pas très important, sachant que les limites des parcelles ont très certainement bougé entretemps.

Par contre « Liors izella » fait 498 m² contre 770 m² pour la parcelle 274. Ici l’écart est plus significatif

Rachat de 1691

Le lieu de Léac’h Izella est également cité dans le rachat de Clémence Palud du 12 mars 1691.Dans le détail des droits on voit aussi qu’il y a des droits à payer pour les tenues de Quasi et de Léac’h Izella, ce qui confirme que les différentes tenues sont imbriquées, sans fil conducteur apparent, mais très certainement le résultat de partages successifs.

Dans ce rachat la part des droits concernant la tenue de Léac’h izellaff est payée à la fabrique de l’église paroissiale de Crozon.

Déclaration de 1812

Le lieu de Léac’h Izellaff est cité à deux endroits dans la déclaration de 1812 sur le lieu de Garrec Ven.

Var garront ar c’hor

Tout d’abord en troisième page : la pièce de montagne nommée « var garront ar corre » donne du couchant sur terre dépendant de léac’h izellaff et du midi sur le pourpri commun (le prat).

Il est possible qu’il s’agisse des parcelles 267 à 269.

Pen ar goarem

Puis en quatrième page : la pièce de montagne « penn ar voarem » donne du nord sur léac’h izelaff et du couchant sur la grève, or, selon le cadastre publié peu après, au sud de menez léac’h izella on a le début des tachen vras kreis ar menez. Est-ce compatible ?

Si on admet que les noms des parcelles ont pu évoluer, ce n’est pas incompatible. En effet il y avait autrefois des chemins, qui venaient de Camaret et longeaient la côte, parfois au ras de la falaise, parfois en retrait. Le groupe de parcelles situé au niveau du cap Tremet porte le nom de huel goarem koz ; le chemin est un sentier de douaniers. Le chemin, qui vient de Camaret fait le tour du réduit et passe donc plus à l’est, c’est le goarem nevez, que l’on retrouve aussi à Kerellot. Il a été prolongé en direction des Capucins lors de la création de la route côtière RD355.

 

Penn ar voarem (goarem) pourrait alors être un parcelle située dans la partie le plus haute de l’ancien chemin, qui descend vers Lodoën et c’est aussi la partie la plus haute de la « montagne ».

Il y a en tout 9 parcelles en bordure de la falaise, qui portent le nom de Menez Léac’h Izella, pour une superficie totale de 22940 m². Ce sont des parcelles à l’intérieur du bloc « Léac’h Cazi », comme s’il y avait eu un démantèlement de cette dernière tenue.

Pour mémoire Léac’h Cazi est traduit parfois par terre de Cazi ou tenue Cazi.

Faut-il comprendre que « léac’h izellaff », le lieu du bas, concerne la partie du village située au nord, après le Prat, par opposition à Trégoudan huella, le gros du village, situé de l’autre côté, en grande partie à flanc de côteau, donc plus élevé?

C’est assez vraisemblable car dans quelques papiers il est question  de Trégoudan Izella pour qualifier toute cette zone.

Il reste à retrouver  le cœur de la tenue cazi, s’il ait jamais existé.

 

Point à retenir

 

les documents sur Coat Glas, Garrec Ven et Léac’h Izella concernent essentiellement des biens situés dans la partie nord du village. Deux des trois tenues citées sont des biens de la famille Goulherze, qui ont été partagés entre deux branches, celle de Kerlern et celle de Trébéron. Que dire de Léac’h Izella? Le document est malheureusement incomplet. Curieusement pour Cardinal c’est au niveau des barons du Poulmic, qu’il faut remonter.

Nota :

On trouve dans la littérature accessible sur internet que les deux « f » à la fin du mot indiquent une nasalisation, remplacée dans les documents suivants par le « ň » espagnol, toujours utilisé en breton moderne.

La tenue à domaine congéable de Rigonou

Parmi les documents récupérés il y a trois extraits des minutes du greffe de la justice de paix de Crozon ; ils se distinguent des autres par une écriture très régulière, mais peu économe en papier. Ils concernent une tenue à domaine congéable : l’exposé de la procédure et nomination des experts, la prestation de serment des experts et enfin le rapport d’expertise.

Le 20 mars 1864 Jean Disarbois achète aux héritiers Caradec la tenue à domaine congéable du village de Rigonou, qui a été décrite dans deux déclarations du 20 avril 1730 et du 1er avril 1764, qui ne sont pas dans les documents récupérés.

Jean Disarbois veut faire libérer la tenue pour le 29 septembre 1864. Il est déjà propriétaire à Rigonou et il souhaite agrandir sa ferme. Il a d’ailleurs des terres proches de celles de la tenue.

L’audience publique de la justice de paix a lieu le 16 avril 1864; la demande de Jean Disarbois est exposée, les domaniers donnent leur accord pour le congément à la date prévue et trois experts sont nommés par le juge.

Parmi les documents récupérés il y a trois extraits des minutes du greffe de la justice de paix de Crozon ; ils se distinguent des autres par une écriture très régulière, mais peu économe en papier. Ils concernent une tenue à domaine congéable : l’exposé de la procédure et nomination des experts, la prestation de serment des experts et enfin le rapport d’expertise.

Le 20 mars 1864 Jean Disarbois achète aux héritiers Caradec la tenue à domaine congéable du village de Rigonou, qui a été décrite dans deux déclarations du 20 avril 1730 et du 1er avril 1764, qui ne sont pas dans les documents récupérés.

Jean Disarbois veut faire libérer la tenue pour le 29 septembre 1864. Il est déjà propriétaire à Rigonou et il souhaite agrandir sa ferme. Il a d’ailleurs des terres proches de celles de la tenue.

L’audience publique de la justice de paix a lieu le 16 avril 1864; la demande de Jean Disarbois est exposée, les domaniers donnent leur accord pour le congément à la date prévue et trois experts sont nommés par le juge.

Les experts

 

Ce sont deux notaires en exercice : Pelliet et Taburet, plus un notaire à la retraite : Riou, trois noms que l’on retrouve dans de très nombreux actes.

Le principal domanier est Jean Thépot, mais il y en a d’autres comme on le verra dans le rapport des experts.

Les experts prêtent serment le 13 août 1864.

 

Le rapport des experts est daté du 14 septembre 1864, deux semaines seulement avant le départ des occupants.

Dans son annexe on trouve la liste des 45 édifices et leur estimation. Il y a aussi des croquis, qui permettent de situer les parcelles concernées.

Sur le cadastre napoléonien les parcelles portent le nom de « Caradec », après celui du domanier.

Au total l’estimation se monte à 717,95F, dont 468,15F pour la maison, les 2 crèches, la moitié du puits et la cour, occupés par Jean Thépot ; il reste alors 249,80F pour les autres édifices.

Cette somme ne peut pas être comparée aux 6400F payés par Jean Marie Quélen le 6 février 1854 lors de l’adjudication  « Penfrat », pour la ferme voisine, avec 11 hectares de terres. Il s’agit dans cette expertise d’évaluer uniquement le montant des indemnités dues aux domaniers pour les améliorations, qu’ils ont apportées.

 

La maison et ses dépendances

 

La maison est, repérée sur le plan cadastral ci-dessous sous le numéro 515 (Pierre Thépot). Elle est décrite en détail dans le rapport des experts.

Curieusement la maison située sur la parcelle 514 et occupée par Michel Herjean ne fait pas partie de l’estimation, alors qu’elle figure bien sur les croquis des experts et qu’elle apparaisse également avec le nom Caradec sur l’état des sections, mais il est possible, qu’elle soit déjà en ruine au moment de l’expertise de 1864.

La ferme achetée par Jean Marie Quélen est à droite sur le plan cadastral (n° 496) et sur le croquis, qui a été dressé par les notaires. Elle est bordée par des chemins sur deux côtés et elle est séparée de la maison Thépot par la maison de Jean Marchand de Kerloc’h (498).

Le cadastre actuel montre que toutes les constructions comprises dans la tenue ne sont plus que des ruines. Elles appartiennent pour partie à notre cousine de Camaret, qui les a acquises dans la succession de son père, François Mercier.

L’autre maison de jean Thépot, qui ne faisait pas partie de la tenue et qui était sur la parcelle portant le  numéro 524 a complètement disparu; celle de Jean Marchand a été reconstruite, mais de l’autre côté de la parcelle.

La ferme achetée par Jean Pierre Quélen (ex 496) a été agrandie et transformée en gîte.

Sur la photographie on voit l’arrière de l’ancienne ferme et la nouvelle maison construite à la place de celle de Jean Marchand.

Les parcelles de terre

 

Les exemples cités sur internet concernent généralement des territoires étendus, alors qu’ici on a seulement un peu plus de 2 hectares et surtout des parcelles, qui sont, pour la plupart, de faible superficie; elles ne sont pas contiguës, à l’exception de celles qui sont proches de la maison. On est donc dans la même situation, qu’à Trégoudan.

Il y a  33 parcelles qui font ensemble 16933 m² et une grande pâture de 6770m², plus quelques terres communes non détaillées. Dans les 33 parcelles, 7 font moins de 200 m² et la moyenne est de 700m², pâture comprise. Par comparaison la superficie moyenne des parcelles achetées par Jean Quélen se monte à 1500m².

 


Il manque deux parcelles, mais elles ont probablement changé de nom entre temps et les experts ne les ont pas trouvées.

La plupart des parcelles sont identifiées par une croix sur un croquis succinct, sans recollement, dressé par l’un des experts. Mais il y a des croix dans des parcelles qui ne figurent pas dans l’annexe du rapport et inversement.

Curieusement Jean Quélen est dans la liste des domaniers avec deux parcelles 451 et 452, alors que Jean Louis Cornec est aussi cité pour la parcelle 452.

Sur le croquis de l’expert, si la parcelle 451 apparaît bien au nom de Penfrat avec une croix et l’indication 2/3, la parcelle 452 ne porte pas de croix ni de nom.

Il doit y avoir une erreur car les superficies portées sur le croquis par les experts correspondent bien à celles des superficies données dans  l’acte d’adjudication du 6 février 1854 au profit de Jean (Marie) Quélen. La parcelle 451 fait 13a20ca et les 2/3 donnent bien 8a80ca, ce que les experts ont écrit. Par contre la parcelle 452 ne fait que 4a90ca et les 2 :3 font 3a26ca et non pas 3a90ca. Jean Louis Cornec a donc une autre parcelle.

Les articles 8 à 12 mentionne un sillon de terre chaude dans un parc appelé « parc ty laë » (489 à 494) et l’article 44 une portion de terre montagneuse dite « pen parc ty laë » (550).

Or à cette époque il n’y a pas de Laë à Rigonou, puisque Jean Laë n’y viendra qu’en 1891 et que son père, Auguste Laë, qui a épousé  Véronique Quélen le 14 octobre 1865, est domicilié à Roscanvel en juin 1864.

La désignation « laë» est donc plutôt à mettre en relation avec la topographie des lieux et, dans ce cas, c’est valable aussi pour les parcelles portant un nom similaire à Trégoudan (et ailleurs).

L’acte d’ajudication de 1854 précise qu’il n’y a pas eu de transmission d’acte et les héritiers Penfrat ne savaient probablement pas que deux des parcelles mises en vente faisaient partie d’une tenue à  domaine congéable ; en effet l’acte de vente dit que les biens vendus appartiennent en toute propriété aux héritiers de Michel Penfrat. Dans l’article 2 il est mis aussi qu’ils garantissent les adjudicataires de tous troubles…évictions…, ce qui n’a donc pas été le cas.

 

Il n’y a pas d’autre document concernant cette affaire. Les deux parcelles 451 et 452, comptées aux 2/3 dans la tenue, ne figurent pas dans le 3ème lot de la donation de 1891, mais elles font peut-être partie d’un autre lot.

Il n’y a pas non plus de traces de réactions des domaniers.