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La vente de la maison située au 16 rue Yves Collet à Brest, est l’occasion de revenir sur cette maison.

Idéalement située (en haut et à droite de la photo), près de l’Hôtel de ville, du Quartz, de la Rue de Siam ou de la rue Jean Jaurès, elle était devenue trop grande pour Grand-Mère et aucun de ses petits-enfants n’était intéressé. Elle a donc été vendue.

Il n’est pas inutile cependant de faire le point sur ce, qui fut une aventure.

Avant

 

Parmi les papiers récupérés l’été 2018 il y en avait, qui concernaient la maison de la rue Yves Collet avant sa destruction lors des bombardements, qui ont précédé la libération de Brest. Il y avait notamment ce registre à double entrée avec d’un côté les dépenses engagées pour la maison Ker Diskuiza et l’autre côté celles pour la maison de Brest.

1927

Elle a été achetée par Hervé Le Bihan et Célestine Potin le 15 février 1927. Auparavant ils habitaient rue Jean Jaurès.

Dans la donation, qu’ils ont faite à leur fils, Édouard, il y a un long discours sur l’origine de propriété. Elle est dans la parcelle 999.

Pourtant le profil du chemin de Saint Marc (devenu rue du cimetière, puis rue Yves Collet) en 1830 laisse à penser, qu’elle serait plutôt sur la parcelle 1002 mais il y a peut être eu une modification du tracés de la rue avec déplacement de la cassure, plutôt, qu’un changement de numérotation.

La maison aurait été construite en 1885.

Les plans ont été reconstitués

Dans le cadre du dossier de dommages de guerre l’architecte a reconstitué les plans de la maison.

Curieusement la façade est recouverte de plaques de fibrociment mais le remplacement de quelques plaques figure bien dans les dépenses

Il y a une grande fenêtre au rez de chaussée, à gauche de la porte d’entrée. Les autres fenêtres sont disposées de manière régulière à droite de la porte. La maison comporte deux étages.

Il y a quatre logements mais 5 caves, la dernière étant toute petite. Comme il n’y avait pas d’assainissement collectif à l’époque, il y a aussi une fosse.

Les plans ont été réalisés après la destruction partielle de la maison ; il peut y avoir des approximations. C’est la cas notamment de la longueur, qui est de l’ordre de 13m murs compris. Dans les documents de la société coopérative elle est de 12,70m.

Au rez de chaussée il y a 2 appartements ou plutôt un 2 pièces-cuisine et un « studio ». Les WC (ils sont 4) sont dans la cour et il y a un lavoir sous un hangar.

L’architecte a indiqué les murs mitoyens, qui ne concernent, que la cour. Par contre les cheminées débordent, ce qui peut être seulement un effet de style.

Lors de la reconstruction de l’immeuble, le propriétaire devait obligatoirement reloger ses locataires, du moins, si c’était possible. On sait donc, que le 2 pièces-cuisine était occupé avant la destruction de la maison par Mme Veuve Jégou. Le « studio » était occupé par Adrien Baron, probablement celui, qui venait nous voir assez souvent ; on en a déjà parlé dans « combien de Keraudren » et dans « ceux de la rue Yves Collet ».

Au premier étage il y avait 4 pièces occupées par M Denest. Curieusement l’une des chambres ouvre directement sur la palier. Il n’est pas fait mention de séjour ; c’est l’une des chambres, qui en tient lieu, probablement celle, qui fait face à la cuisine.

Au second étage il y a l’appartement de la famille Le Bihan avec ses 4 pièces. L’une des chambres a été coupée en deux pour faire de la place pour loger la salle de bains. L’une des chambres est vraisemblablement occupée par le grand-mère Potin.

La cuisine est minuscule (3m² seulement) ; celle du 1er  est un peu plus large et, si au rez de chaussée la cuisine de Mme Jégou paraît plus grande, cela vient uniquement du fait, qu’il n’y pas de couloir pour accéder à la petite chambre arrière.

On a même une coupe de l’immeuble. La hauteur sous plafond est de 2,65m (sauf la cave).

La belle affaire

Parmi les papiers récupérés en 2018 il y avait donc de registre, où étaient consignées les dépendes de la maison de la rue Yves Collet avant sa destruction lors des bombardements, qui ont précédé la libération de Brest.

Leprix d’achat est faible : 25000F.

Dès le départ il y a des travaux à faire.

Contrairement à ce, qui s’est passé pour Ker Diskuiza, on a affaire ici à des entreprises ; il n’y a donc plus le détail des matériaux.

Que signifie la ligne « perte au change » ? Et les frais de procès ? Et Monsieur Le Corre ? Est-ce le vendeur ?

L’entreprise Rousseau est spécialisée dans la réparation des toitures ; on la retrouvera à plusieurs reprises

De quel Potin s’agit-il ?

Les dates des premières factures ne dont pas recopiées.

Il y a désormais l’eau courante (on est fin 1930!)

L’affaire Roux ?

Fin 1930 on arrive à 90722F ; on était parti avec un prix d’achat de 25000F.

En appliquant le même coefficient, que pour Ker Diskuiza on arrive à une dépense totale approximative de 180000€

D’où vient l’argent ? On verra le compte financier dans la page suivante.

1931

On voit apparaître une réparation des plaques de fibrociment de la façade. Le dessin de l’architecte lors de la reconstruction est donc vrai. On arrive à 96000 Francs.

1932 à 1934

Il est question de l’écoulement des eau sales. A l’époque les eaux grasses, qui provenaient de la cuisine partaient directement au caniveau, comme on pouvait le constater après guerre dans les rues du quartier.

1935 à 1938

Le lavoir a désormais un toit.

La salle de bains est faite cette année là en prenant sur l’une des chambres..

Le total arrive à 116000 francs et ce n’est pas fini ; il y a encore des interventions en toiture.

La liste des dépenses s’arrête fin 1942, probablement parce, que les occupants ont été priés d’évacuer les lieux en raison des bombardements incessants. En fait il restera quand même M. Denest.

Le total ( 116414F) est impressionnant, compte tenu du prix de départ : 25000 francs. Il faudrait tenir compte de l’érosion monétaire mais le franc est resté assez stable entre 1927 et 1937. Il a ensuite dévissé. En francs constants on devrait arriver à 100000F ou environ 200000€. C’est à rendre avec des pincettes car les prix des travaux ont probablement évolué en ordre dispersé selon leur nature.

Comment les travaux ont été financés

Il y a un mystère dans tout cela : comment un tout nouvel officier des équipages a-t-il pu financer l’achat, puis l’entretien de cette maison ?

Pour l’achat il y a eu un emprunt puisqu’ Hervé Le Bihan a noté le paiement d’intérêt, mais qu’en est-il du remboursement du capital ?

Contributions et revenus

Il y a deux pages curieuses.

Le première concerne les revenus déclarés et les impôts payés.

Pour 1926 il a déclaré 14280 francs.

Les années suivantes le total augmente rapidement pur atteindre 26900 francs en 1932. Il y a une part d’augmentation de la solde et, probablement, la prise en compte des loyers.

Puis il n’y a plus d’information sur les revenus déclarés. Les années 1933 et 1934 constituent une anomalie car ce triplement de l’impôt sur le revenu en 1933 par rapport aux années précédente interpelle. Il est encore du double en 1934 et baisse ensuite pour remonter à nouveau.

Les revenus sont à nouveau indiqués à partir de 1943 ; Hervé Le Bihan est alors retraité.

Rapport de la maison

Il y a une autre page intitulés « rapport de la maison, y compris les loyers».

Les montants de la colonne impôts fonciers sont identiques. Les dépenses aussi, si on admet, que pour 1938, il y a une part des 12092 francs dépensés, qui l’ont été chez les locataires. Il manque les autres impôts ; il manque aussi les travaux réalisés chez les locataires avant 1932.

Le bénéfice indiqué est donc limité à la période 1932-1943 et ne peut pas représenter réellement le « rapport de la maison ».

Ceci dit on arrive quand même à plus de 100000 francs courants de bénéfices à mettre en face des 116000 francs courants dépensés pendant la même période (ou presque).

Et pendant ce temps-là il faut aussi payer la construction et les modifications de Ker Diskuiza (105000F). Il faut donc aller chercher du côté de la solde et considérer, qu’une part de cette solde, autour de 6000 francs par année en moyenne, a participé au financement de la maison de Roscanvel, sachant, qu’Hervé Le Bihan a été promu officier de première classe en 1932 et, qu’il a pris sa retraite en 1940.

Le résultat n’est finalement pas si inquiétant

Voir plus loin la page « combien gagne un amiral »  (page 34-31).

Il a même réussi à se constituer un portefeuille d’actions qui n’a été utilisé, que pendant la

guerre pour acheter de la nourriture.

Comparaison n’est pas raison

Il n’empêche, que la comparaison des deux chantiers interpelle. Dans les deux cas ils ont investi plus de 100000F. A Brest c’est une maison construite vers 1885. En 1927 elle à seulement 42 ans mais son toit en zinc nécessite beaucoup d’entretien.

La surface intérieure brute est de l’ordre de 240m². Bien évidemment la surface habitable est nettement faible. Cela donne un coût moyen de 500F/m² (ou environ 1000€, qui est la valeur d’une maison ancienne à Brest actuellement selon les articles publiés sur le net).

Ker Diskuiza est une maison neuve avec une surface intérieure brute difficile à évaluer ; le sous-sol est resté à l’état brut et la surface des chambres sous le toit doit être recalculée. Au total on devrait arriver autour de 150m², ce qui donne un coût moyen de 700F/m² (environ 1400€ à comparer avec un prix au m² de 1500€ pour une construction neuve avec tout le confort actuel, que les deux autres maisons n’en avaient pas : pas de sanitaires, pas d’électricité…).

Finalement, elles ont coûté cher.

Le fait d’avoir été son propre maître d’œuvre à Roscanvel n’a probablement pas été une bonne idée au vu du devis de M. Trombetta.

Des loyers confortables à Brest avant guerre

Les loyers sont restés constants de 1933 à 1937, une période de stabilité monétaire. Ils ont augmenté ensuite. 8800F pour une maison, qui a coûté au total 116000F. En décomptant les frais, elle est remboursée au bout de 15 ans seulement. C’était finalement une bonne affaire mais 15 ans c’est aussi arriver à 1942 ; tout sera alors remis en question.

En 1943 il ne reste plus, qu’un locataire, probablement M. Denest au vu du montant du loyer : 6500F.

Puis en septembre 1944 la maison est incendiée lors des bombardements précédant la libération de Brest.