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On est vers la fin des guerres de religion qui ont perturbé une bonne partie du 16ème siècle.

Les catholiques aidé par les espagnols veulent bloquer le port de Brest défendu par un château imposant.

La pointe des Espagnols fait peau neuve (voir la page 02-32) mais que reste-t-il de la bataille de 1594 qui est  à l’origine du nom donné à cette pointe?

On est à la fin des guerres de religion qui ont ensanglanté la France de 1562 à 1598. Henri III  est mort en 1589 et Henry IV peine à rallier à lui le duc de Mercoeur, Gouverneur de Bretagne, qui a fait appel à Philippe II d’Espagne. Les Espagnols se sont installés au sud de la Bretagne et se dirigent vers la presqu’île de Crozn dans le but de bloquer l’accès à Brest. 

On est à la fin de l’hiver 1594.

Les protagonistes

Si on met à part les courts commentaires accessibles sur le net il n’y a pas grand chose sur cette fameuse bataille qui opposa en cette fin de l’année 1594 400 espagnols à 4000 franco-anglais.

Déjà le nombre des protagonistes varie selon les auteurs. Il manque aussi les « auxiliaires », qui accompagnaient les troupes, notamment les cuisinières et les lavandières ; il y avait probablement aussi de nombreux enfants.

Dans un récit trouvé sur le net il est même question de 400 soldats et 400 femmes et enfants ; tous auraient été tués.

De même le nombre des assaillants varie beaucoup ; on parle souvent de 2000 anglais et de 3000 français mais il y avait en plus 300 arquebusiers à cheval, 300 (ou  400) gentilshommes et des marins anglais, Il y aurait même eu des flamands (ou hollandais d’après un document en espagnol).

Le tout fait probablement plus de 7000 combattants sans compter ici encore  les femmes et les petits enfants comme ont lit dans la Bible.

Avant la bataille

Un point mérite d’être souligné : comment 400 puis 4000 soldats ont pu atteindre le bout de la presqu’île alors qu’il n’y avait que deux chemins entre le manoir de Quélern et Roscanvel ?

Les espagnols sont arrivés vraisemblablement par Quimper, Plomodiern et Crozon ; d’ailleurs il est souvent question du fort de Crozon puis du fort du Léon.

De Crozon ils ont rejoint le manoir de Quélern et continué vers la pointe, soit directement par le plateau, soit par le fond des deux étangs. De là le chemin est simple :

_par le plateau on passe par Kerellot, Tregoudan, Lodoën, Kervian, Kerincuff , Lanvernazal et Roscanvel ; ensuite c’est probablement Trevarguen, Le Lez et Penaroz, si tous ces villages existaient déjà en 1594, ce qui n’est pas prouvé.

_par le fond des étangs il faut rejoindre le chemin de Messiber et essayer de traverser l’étang de Kervian, de préférence à marée basse. Bien évidemment les chariots doivent passer par le plateau.

Comme ils le tenteront un siècle plus tard les anglais sont arrivés par la mer et ont débarqué en baie de Camaret, vraisemblablement à Trez Rouz (comment sont arrivés les français? Il y avait 300 arquebusiers à cheval).

A l’époque il n’y avait pas le RD355 mais seulement des chemins étroits (2 à 3m de largeur vraisemblablement). La date exacte de destruction du manoir de Quélern n’est pas connue mais sa destruction date probablement du débarquement des assaillants vers le 15 octobre 1594.

Actuellement le manoir est relié à la plage de Trez Rouz par une allée très large menant au moulin de Quélern et une route descendant en droite ligne vers la plage. Ces deux axes devaient déjà exister. Arrivés au manoir de Quélern il suffisait de prendre le même chemin que les Espagnols.

Il y avait aussi le chemin qui longe la côte (goarem coz) mais le nombre des soldats implique de pouvoir emprunter plusieurs itinéraires.

A partir de Tregoudan il était possible également de passer par les villages côtiers comme Le Disloup, Mencaer, Kerraguenoc, puis le long du goulet par Kerguinou, Kerjean, Kergadiou…

Pendant la bataille

Les Espagnols sont arrivés en mars 1594 et les franco-anglais le 15 octobre suivant.

Ici aussi les comptes rendus varient. Pour certains le fort des Espagnols était de médiocre qualité ; pour d’autre c’était une construction très bien faite. Sir John Norris (Norreys?) a dessiné deux plans, l’un est au British Muséum (avant les travaux il était visible dans le petit musée de la Tour Modèle de 1812) et l’autre est conservé au Canada ; ils sont légèrement différents.

Il est difficile d’évaluer la superficie occupée par le fort sachant que les parties tombantes n’ont probablement pas été aménagées. Dans un texte il est question néanmoins d’une muraille de 35 pieds de largeur, un peu plus de 10m.

Sir John Norris avait fait venir des mineurs des Cornouailles anglaises pour percer des sapes. L’ouvrage devait donc être important.

Les espagnols manquaient de nourriture et de poudre. L’accès par mer n’était pas possible.

Ce qui est certain, c’est que les assaillants ont souffert autant de maladie que de la riposte des espagnols. On entrait dans les mois noirs avec beaucoup de pluie et de vent (comme en novembre 2023 d’ailleurs).

Si on sait que tous les espagnols ont été tués (il y en aurait cependant un qui aurait été emmené en Angleterre), côté assaillant cela varie beaucoup : si les textes anglais parlent de 700 tués, du côté des textes français il y aurait eu en tout 3000 combattants tués plus autant de personnes décédés de maladie et on ne parle pas des auxiliaires.

Après la reddition des espagnols les français ont fait raser le fort du Léon.